L'Homo sapiens, cet animal
Qu'est-ce qu'un homo sapiens? Un animal social raisonnant.
Un animal? En biologie, la définition d'un animal est : "être pluricellulaire ingurgitant sa nourriture". Cela signifie que, contrairement aux plantes, l'homo sapiens doit manger, car il ne produit pas lui-même sa nourriture. Contrairement aux mycètes (champignons, moisissures et levures), il digère ses aliments à l'intérieur de son corps, plutôt que de sécréter des enzymes à l'extérieur de son organisme, puis d'aspirer les nutriments digérés à l'intérieur. Quels sont les besoins de base d'un animal? Manger, boire, copuler. En tant que besoins de base, je parle des besoins dont la non-satisfaction ne permet pas d'entretenir la vie. Sans eau, on meurt. Sans nourriture, on meurt. Sans copulation, la vie n'est pas transmise, et meurt avec l'individu. Pour certains animaux, dont l'homo sapiens, le besoin de s'abriter est également vital, afin d'assurer la sécurité de sa personne. Cet abri ne serait qu'une boîte de carton qu'il protège tout de même des intempéries, quoique de façon fort limitée, nous devons en convenir.
Social? Je crois qu'il est évident que l'homo sapiens est un animal social, c'est-à-dire vivant en société. Cette constatation peut paraître triviale, mais les conséquences sont d'autant plus importantes. Deux instincts sont présent dans chaque animal : l'instinct de compétition et l'instinct de coopération. Chez le chat, par exemple, l'instinct de compétition est le plus fort, ce qui en fait un animal territorial et solitaire. Quiconque pénètre sur son terrain doit en subir les conséquences. Chez l'homo sapiens, nous sommes forcés de constater que l'instinct de coopération est le plus fort, le nombre de ses activités sociales en font foi. Également, alors que le premier contact entre deux chats est généralement belliqueux, le premier contact entre deux homo sapiens est au contraire amicale dans la plupart des cas.
Raisonnant? Je crois que sur ce point peu de gens oseraient me contredire. En effet, la raison, depuis des millénaires, fait la fierté de l'homo sapiens. Ce point est le plus court à développer, et ce parce qu'il parle d'une évidence dont la recherche de preuve est inutile, mais il est combien lourd en conséquences!
L'Homo sapiens, cet anti-capitaliste
Nous avons déjà discuté de la nature social de l'homo sapiens, discutons maintenant des conséquences de ce constat. C'est là que nous touchons un point important : l'instinct de coopération chez l'homo sapiens est indubitablement plus fort que son instinct de compétition. Dans le domaine des relations humaines touchant la production et la consommation des richesses, ce qui est défini comme étant l'économie en son sens large, cet instinct de coopération devrait s'exercer à son plus fort. Sinon, il n'y aurait point de société, du moins point d'avantage à sa formation. Pourtant, le système capitaliste n'est-il pas basé sur la "saine concurrence"? Quoique au niveau de la micro-économie la coopération puisse exister, au niveau de la macro-économie, c'est la compétition qui règne en maître. L'homo sapiens ne vivrait-il pas à l'inverse de sa nature? Puisque la survie de chaque homo sapiens dépend de l'économie, c'est-à-dire des interactions avec les autres pour l'obtention des ressources vitales à sa survie, il me semble juste de dire que c'est justement là que l'instinct de coopération doit s'exprimer avec le plus de force, car c'est là qu'il procure le plus d'avantages. Force est d'admettre que l'homo sapiens vit dans un mensonge, son propre mensonge, et en souffre évidemment les conséquences. Curieux animal que l'homo sapiens.
Également, le fait d'être un animal social amène une définition de la propriété différente. Les animaux sociaux, par la coopération et le partage, véhiculent l'idée de propriété collective. Si nous considérons comme vrai l'énoncé disant que le fruit d'un travail appartient à celui qui l'a produit, et puisque dans les sociétés humaines la plupart des travaux sont fait en groupe, les fruits appartiennent donc au groupe. D'où la propriété collective des biens produits, en ce basant sur le principe que la possession d'un bien produit appartient au producteur. De plus, l'utilisation communes des moyens de production et de distribution ouvre la porte à la propriété collective de ceux-ci, par une logique similaire. Toute autre situation serait donc contraire à la nature sociale de l'homo sapiens. Comment un individu peut-il s'approprier le fruit d'un travail alors qu'il a été fait par le groupe? Il ne reste que le vol... La propriété privée des moyens de production et des produits, ce qui est la caractéristique première du capitalisme, est en conséquent contraire à la nature social de l'homo sapiens, et constitue même un vol. D'où un autre argument contre le capitalisme comme système économique.
L'homo sapiens, cet anarchiste
Le gros cerveau de l'homo sapiens pèse lourd, mais les conséquences du port de ce cerveau le sont encore plus. La raison lui permet une analyse des faits lui permettant de prendre des décisions éclairées. Son cerveau permet également de créer des solutions à des problèmes, et sa raison les juge avant de passer aux actes. En vertu de ces deux capacités, créativité et raison, ils devraient tous être capable de prendre de bonnes décisions et éviter de malencontreux incidents. Quoique l'homo sapiens ne soit pas parfait et soit capable d'erreurs, la créativité et la raison peuvent limiter les risques et les dégâts. De là découle, avec sa nature social, la responsabilité de tous de se servir de ces outils essentielles. Contrairement aux fourmis qui ne font que suivre un "programme", l'homo sapiens doit constamment prendre des décisions, et il a donc la responsabilité de penser avant d'agir. Il doit penser aux conséquences de ces gestes, autant pour lui-même que pour les autres. En tant qu'individus interdépendant, tous ont la responsabilité du bien-être d'autrui.
Ce gros cerveau est une source de responsabilités, mais également une source de liberté. Puisque chaque individu normalement constitué (d'un point de vue strictement médical, c'est-à-dire un individu ayant un cerveau apte à fonctionner correctement) peut prendre des décisions, il n'a pas besoin que quelqu'un décide à sa place ce qui touche sa propre personne ou ses interactions avec les autres. Toute domination est inutile et contre nature, car elles représentent la négation de la raison de l'individu, qui pourtant existe. La domination est la négation de la raison puisqu'elle ne s'adresse pas à elle, mais au contraire passe par dessus en donnant un ordre. Le dit "inférieur", sans autre information que l'ordre, ne peut utiliser sa raison et sa créativité. Donc, dominer quelqu'un et donner des ordres constitue la négation de la raison de l'individu, puisque cette démarche fait fi de celle-ci. Toute hiérarchie est également la négation de la raison, puisque basée sur la domination. L'autorité nie la capacité de l'individu dit inférieur de comprendre ce que fait et demande l'individu dit supérieur. Pourtant, l'individu inférieur est également doté de raison, tout comme l'individu supérieur, ce qui les ramènent sur un pied d'égalité. Puisque les deux individus ont sensiblement les mêmes aptitudes, la hiérarchie devient quelque chose d'arbitraire, et est donc réversible. L'organisation naturelle et spontanée de l'homo sapiens est plutôt antiautoritaire, comme en témoigne l'aversion des gens pour les "p'tits boss". Cela montre la non-essentialité de l'organisation hiérarchique et même sa tendance contre nature par la réaction d'opposition que l'autorité provoque immanquablement.
En conséquent, la raison représente pour l'homo sapiens des responsabilités envers les autres et lui-même, mais le libère également de la nécessité de relations autoritaires, qui constituent la négation de cette faculté, pour en arriver à une relation égalitaire plus constructive, purgée des conflits destructifs entre et au sein même des divers paliers hiérarchiques. La raison permet à l'homo sapiens d'être libre de ses choix, mais sa nature social le lie à la société dans laquelle il vit.
Sa sociabilité et sa raison font donc de l'animal homo sapiens un anarchiste.