Ce que tous les Québécois devraient savoir sur l'économie
Theobalt

L'institut économique de Montréal publia en 2000 un excellent petit livre intitulé : "Ce que les Québécois devraient savoir sur l'économie." Il s'agit en fait d'une traducteur de l'œuvre de Gwartney et Stroup. C'est un excellent livre non pour sa justesse scientifique, mais parce qu'il est un bref mais précis résumé de la pensée dominante chez les économistes. Dans ce texte très bien structuré, les principes de bases de la science économique moderne y sont présentés, avec ses vérités et ses illogismes. Je profiterai donc de la structure du livre pour faire une critique de ces idées. Je présenterai un résumé du chapitre, puis j'ajouterai mes commentaires et critiques. Je ne m'attarderai toutefois qu'à la première partie du livre, la seconde partie ne traitant que des conséquences pratiques de ces dix éléments clés de l'économique. Si la théorie est erronée, les techniques en découlant sont automatiquement douteuses.

Dix éléments clés de l'économique

Les incitations comptent

"Toute théorie économique est basée sur le postulat que les motivations et leurs changements influencent le comportement humain de façon prévisible." De ce postulat, on en vient à la constatation que les individus, dans leurs choix, évaluent toujours les coûts et les bénéfices de chaque options. Ils choisiront donc l'option possédant le meilleur rapport gain/coût. De cette évidence, les économistes arrivent à la loi de l'offre et de la demande. Plus le prix d'un article est faible, plus il se vendra, en autant que le public y voit une utilité quelconque. Par contre, une plus grande quantité de cet article sera offerte si le prix de vente est élevé. Il est dans l'intérêt de l'acheteur d'acheter au plus bas prix, et pour le producteur de vendre le plus cher possible. Le choc de ces deux volontés opposées mène à un point d'équilibre où tous sont satisfaits. C'est le prix du marché. Évidemment, ce processus n'est pas instantané, il demande du temps. Avec le progrès de la technologie, le prix du marché variera constamment vers un nouvel équilibre afin de s'adapter à la nouvelle situation économique.

Le postulat de base est une évidence. Un individu choisira toujours ce qui lui semble le plus profitable, que ce soit par égoïsme ou par altruisme. Par contre, la loi de l'offre et de la demande qui en découle n'est vrai qu'à certaines conditions. Il faut tout d'abord que l'échange soit volontaire, c'est-à-dire issu de la volonté seule des échangistes. Il faut également que le nombre de producteurs et de consommateurs soit assez grands pour permettre une vraie compétition. Je rappelle à la mémoire du lecteur que la loi de l'offre et de la demande établit une relation entre le prix demandé pour un article et la quantité vendue. Ce détail aura son importance dans le paragraphe suivant.

La loi ne s'applique donc que lorsque les achats sont volontaires. Cette condition exclue donc les cas où le consommateur DOIT clore un marché avec le vendeur. C'est le cas pour le logement et la nourriture par exemple, ou même le marché de l'emploi jusqu'à une certaine limite. Au moment où le consommateur va sur le marché pour satisfaire un besoin de ce genre, il doit trouver ce qu'il cherche à ce moment là, et prendre ce qu'il y a. Le marché a besoin de temps pour réagir, c'est une évidence. Donc, l'acheteur ne peut attendre un mouvement à la baisse des prix avant d'acheter, c'est maintenant que le besoin est présent et doit être satisfait. Le cas du logement est le plus évident. Si je déménage dans une autre ville pour diverses raisons, je ne peux attendre l'année suivante avant de louer un logement et vivre dans la rue en attendant! Pour la même raison, on ne peut dire que le nombre d'unités loués dépendra du prix de location, comme on peut le faire quand la loi s'applique. Chaque personne a besoin d'un toit, et il est inutile la plupart du temps d'en avoir plus d'un, du fait que nous n'avons qu'une tête à abriter! Le nombre d'unités loués devient pratiquement une constante, peut importe le prix du loyer. Du fait que la transaction se fait sous la contrainte de la nécessité, la dynamique économique ne peut être considéré la même que dans le cas de l'achat d'un DVD ou autre bien ou service non essentiel, quoique utile ou agréable. Un rapport de force en faveur d'une des parties peut se créer à partir de cette nécessité. Adam Smith discute d'ailleurs de l'effet de tels rapports de force en prenant l'exemple du marché du travail, où le travailleur, sans aide extérieure, ne peut subsister très longtemps, alors que le riche peut attendre plus longtemps avant de sentir la nécessité de trouver un nouveau revenu. L'économiste conclut donc que dans un contexte de libre marché, les salaires auront tendance à être inférieurs à la valeur de la force de travail.

De même, il est facile de comprendre que la loi de l'offre et la demande ne peut s'appliquer intégralement face à un oligopole ou même un monopole. L'absence de diversité et la faible concurrence résultant du faible nombre de producteurs rendra beaucoup plus lourd le mouvement des prix. Également, le producteur a un avantage lors de la négociation, du fait qu'il est à peu près le seul à offrir le service en question, d'où son arrogance. Plutôt que d'avoir un échange entre égaux, l'un des joueurs a désormais un avantage. On peut toujours protester que de nouveaux joueurs peuvent amener une correction de cette irrégularité, mais il ne faut pas oublier que la présence d'un oligopole résulte de l'évolution d'une industrie. Avec le temps, le nombre de compétiteur diminue sans cesse (dans toute compétition, il y a des perdants!), et l'augmentation constante de la productivité requiert un capital technique toujours plus gros. La mise de départ devient astronomique, rendant virtuellement impossible la venue d'un nouveau joueur.

On observe donc que la loi de l'offre et de la demande n'est utilisable comme tel que lorsqu'il y a relation d'égal à égal entre les échangistes. Du moment que la nécessité ou que la faible concurrence donne un avantage à l'un ou l'autre, les prix ne trouveront pas un équilibre naturel, mais un équilibre forcé. La marchandise vendue ne le sera pas à son juste prix, mais sera sur ou sous-évaluée. Mais, le produit ne pouvant être vendu en dessous de son prix coûtant de façon constante, le producteur est toujours satisfait lors de la vente du produit, car il entre dans ses frais. C'est alors le consommateur qui doit se plier à cette exigence. En conséquent, le rapport de force se fera toujours contre l'acheteur, le vendeur ne pouvant vendre à perte (il est préférable de fermer boutique que de s'endetter à vendre en dessous du prix coûtant!). Dans la situation de la vente d'un produit de première nécessité, le producteur peut profiter de cette urgence pour obtenir plus du consommateur. Face à un monopole ou à un oligopole qui a toutes les chances de virer au cartel, la captivité de la clientèle (elle ne peut aller voir ailleurs, puisque ailleurs n'existe pas!) la rend plus facilement exploitable. Si les deux situations coïncident, on se retrouve dans le cas du cartel du béton de il y a quelques années : une hausse généralisée des prix.

Pour la suite, on supposera que nous sommes dans une situation où la loi de l'offre et de la demande s'applique afin d'éviter des complications inutiles. Cette hypothèse permet de se concentrer pleinement sur les concepts en jeu, plutôt que de s'attarder à des détails extérieurs.

On n'a jamais rien pour rien

"Les ressources productives sont limités, alors que les désirs humains pour les biens et services sont quasiment illimités." Lorsque des ressources sont utilisées pour produire une marchandise X, elle ne peuvent plus l'être pour une marchandise Y. Par conséquent, on doit faire des choix. Les consommateurs préfèrent les marchandises possédant le meilleur rapport utilité/prix, les producteurs préfèrent celles ayant le meilleur rapport coût de production/prix. Les lois du marché feront en sorte que le producteur aura tendance "à offrir les biens qui, par rapport aux coûts de production, sont les plus valorisés par les consommateurs." C'est ainsi les ressources seront le mieux utilisées. Évidemment, cela implique aussi que rien n'est gratuit, qu'il y a un coût à tout, peut importe qui en fait les frais. L'éducation gratuite implique un coût pour la société afin de payer pour l'immobilier, les professeurs, le matériel scolaire,... Les échantillons donnés dans les épiceries représentent un coût pour la compagnie les produisant ou les revendant, soit pour les produire ou les acheter.

Quoique les désirs soient illimités puisque du domaine de l'imaginaire, les besoins réels tendent à atteindre un point de saturation. Une fois qu'ils sont comblés, ils sont comblés. Une fois que j'ai un toit au-dessus de ma tête, pourquoi en avoir un deuxième? Je n'ai qu'une tête après tout, et elle ne peut être qu'à une seule place à la fois! Une fois que j'ai mangé, je n'ai plus faim. Sans oublier la saturation de la consommation dû à la simple incapacité physique de dépensé individuellement de grandes quantité d'argent. Un revenu très important place l'individu dans cette situation "déplaisante" où il est impossible pour lui de profiter de tout son argent. Sa consommation atteint donc son niveau de saturation de façon mécanique pourrait-on dire. Mais hormis ce détail, il est vrai que le marché exerce un contrôle sur le flux des ressources via les choix que font les consommateurs et les producteurs. Cet équilibre n'est pas nécessairement pour le mieux, mais une autorégulation a en effet lieu. Ce mécanisme d'autorégulation est plus amplement étudié dans la section sur la "main invisible".

L'échange volontaire encourage le progrès économique

"L'échange est productif; il permet à chacun des associés commerciaux d'obtenir plus de ce qu'il veut." En ce sens, l'échange accroît la richesse des échangistes et ce pour trois raisons. 1) L'échange canalise les biens et services vers ceux qui leur accordent le plus de valeur. Les choses matérielles ne devenant richesses que lorsqu'elles sont dans les mains d'un individu y voyant un intérêt, une utilité, les échanges feront en sorte de déplacer les choses des mains de ceux qui n'en veulent pas vers celles de ceux qui les veulent. 2) L'échange permets aux deux partis d'augmenter leurs profits en se spécialisant dans la production d'un nombre restreint de marchandises, voire d'une seule. Les échangistes produiront donc plus efficacement des choses qui serviront à acheter ce qu'ils ne peuvent produire eux-mêmes. Globalement, la productivité est augmentée, de même que le profit qui en découle. 3) Les échanges stimulent les efforts coopératifs, augmentant ainsi la productivité. L'auteur considère que sans les échanges, l'activité productive se réduirait aux ménages individuels.

Cette section contient la navrante mais classique confusion entre deux phénomènes tout à fait différents : la valeur d'usage et la valeur d'échange. C'est pourtant une distinction que Adam Smith a fait en 1776 dans son célèbre bouquin sur la richesse des nations, distinction reprise entre autres par Marx pour son étude du fonctionnement du capitalisme (Le Capital). La valeur d'usage est l'utilité d'une chose. La valeur d'usage d'une fourchette est d'être un ustensile de cuisine. Elle a donc de la valeur pour quelqu'un qui souhaite manger avec une fourchette, mais ne présente aucun intérêt pour quelqu'un qui souhaite manger avec des baguettes. Il faut ajouter qu'il s'agit qu'une personne trouve l'objet utile pour qu'il ait une valeur d'usage, et cette personne n'a pas besoin d'être le propriétaire de la chose. La personne mangeant avec des baguettes pourrait être propriétaire de la fourchette malgré qu'elle n'y verrait aucun intérêt, elle aurait tout de même une valeur d'usage, car la personne mangeant avec une fourchette serait tentée de la lui acheter si le prix de vente est raisonnable. La valeur d'échange est la valeur qu'on peut avoir en échange de cet objet. Par exemple, je peux échanger cette bouteille de vin contre un billet de 10$. Cette valeur reflète la quantité de travail qui est inclus dans la marchandise, donc son coût de production socialement déterminé, par la loi de l'offre et de la demande par exemple. L'argent sert d'étalon universel pour mesurer la valeur d'échange des biens, mais toute autre marchandise peut également servir d'unité de mesure (fourchettes, coquillages, lave-vaisselles,...). Il va sans dire qu'il ne peut y avoir de valeur d'échange s'il n'y a pas de valeur d'usage. Personne n'achèterait un produit qui n'est d'aucune utilité!

Cette distinction faite, on peut aisément voir où réside la confusion dans l'esprit de l'économiste. Il est dit que l'échange augmente la richesse des échangistes, car ils échangent un objet en leur possession n'ayant aucune valeur d'usage pour eux contre un objet en ayant une. L'agriculteur échange son blé contre le vin du viticulteur. Du point de vue de la valeur d'usage, les deux partis profitent de l'échange : l'un voulait du blé, l'autre du vin. Mais, dans l'économie capitaliste, qu'est-ce qui permet de mesurer la richesse? L'argent! La valeur d'échange! La richesse se mesure donc en fonction de la valeur d'échange des possessions, non en fonction de leur utilité, qui est subjective. En conséquent, est-ce que la richesse des échangistes a augmenté? Il est évident que des valeurs équivalentes sont échangés. Si j'achète une bouteille de vin 10$, c'est que sa valeur d'échange est justement de 10$. J'échange donc 10$ contre 10$. Ma richesse était de 10$ avant, elle est de 10$ après (tant que je n'ai pas consommé le vin, évidemment!). L'agriculteur échange pour 50$ de blé contre 50$ de vin. Les deux échangistes, du point de vue de la richesse, sont restés au même point. Mais si le futé agriculteur, profitant de l'alcoolisme du viticulteur, échangeait 40$ de blé contre 50$ de vin, sa fortune s'élève ainsi de 10$. Y aurait-il création de richesse? Malheureusement non, puisque la valeur totale des biens échangés est toujours la même, 90$. Donc, lors des échanges, aucune valeur n'est produite. Des valeurs d'usage sont échangées contre d'autres valeurs d'usage possédant la même valeur d'échange. Il y a donc un déplacement de valeurs, mais pas de création.

Par contre, nul ne peut nier les avantages de la spécialisation. Historiquement, il est évident que ce sont les échanges croissants qui ont incités les hommes à coopérer de façon plus efficace afin de produire des biens destinés à la vente. Il est un peu réducteur de limiter l'activité autarcique à des ménages individuels. Cet individualisme contraste même avec la nature sociale de l'homme, qui vit toujours en groupes. Reprenons l'évolution historique des échanges. D'abord, il y a des groupes autarcique vivant des ressources locales. Lors de contacts avec d'autres groupes ayant accès à d'autres ressources, de petits échanges ont lieu. Puis les échanges deviennent de plus en plus fréquent, jusqu'à ce que les hommes voient un avantage à produire dans le but explicite de l'échange. Par après, le développement des modes de productions nous mènera au capitalisme actuel. Hormis peut-être la confusion qui règne encore autour du mot profit, les bienfaits des échanges sont assez bien présentés dans le livre.

Les auteurs semblent peut-être confondre les notions de prix et valeur. Quoique les auteurs en pensent, je crois qu'il est pertinent d'en parler ici. La valeur est ce qu'une marchandise vaut. Le prix, c'est le chiffre inscrit sur l'étiquette. Derrière ces apparentes trivialités ce cache un fait primordial en économie : le prix ne correspond pas nécessairement à la valeur d'un bien ou d'un service. Une variation dans l'offre et la demande ferra varier le prix, mais la valeur du produit restera la même à moins d'un changement radical du marché ou des techniques de production (les deux vont ensemble bien souvent). Intuitivement, on fait une telle différence lorsqu'on magasine. Il peut nous arriver de trouver qu'un prix est trop élevé - par rapport à la valeur du produit - ou qu'à notre grand plaisir il soit plus bas que ce que nous étions prêt à payer - prix correspondant à la valeur du produit - compte tenu du marché. Par conséquent, le prix ne peut être considéré a priori comme correspondant à la valeur d'une marchandise.

Les coûts de transaction présentent un obstacle à l'échange; la réduction de cet obstacle aidera à promouvoir le progrès économique.

"Le temps, l'effort, et toutes les autres ressources nécessaires pour rechercher, négocier et conclure un échange s'appellent des coûts de transaction." Ces coûts représentent évidemment des obstacles aux échanges, puisque les coûts peuvent dépasser les bénéfices et empêcher la transaction d'avoir tout simplement lieu. Les obstacles peuvent être naturels (montagnes, rivières, océans,...) ou d'origine humaine (taxes, réglementations, contingentements,...). La construction d'infrastructures permet de réduire les coûts reliés aux obstacles naturels. Un lobby puissant permet d'éliminer les obstacles d'origine humaine. Bien souvent, l'action d'un intermédiaire devient utile, voir nécessaire, afin de faciliter les échanges. Il est bien plus facile d'aller à l'épicerie que de faire le tour des producteurs maraîchers et des éleveurs pour acheter directement sa nourriture. L'épicier se charge de faire ce mouvement à notre place, et rend disponible à tous et au même endroit tous ces produits. "Ces services augmentent le volume des échanges commerciaux et ainsi encouragent le progrès économique." Les intermédiaires ne sont donc pas tous inutiles. Encore une fois, on observe les avantages de la spécialisation du travail.

Quoique le débat concernant le bien-fondé des obstacles d'origine humaine ne soit pas, et ne sera probablement jamais terminé, cela n'affecte en rien la constatation de l'existence d'obstacles au commerce. Pour une fois, les économistes ont vu juste!

Les augmentations de revenu réel dépendent des augmentations réelles de la production.

"Un plus grand revenu et un niveau de vie plus élevé dépendent d'une plus grande activité et d'une plus grande production. Il existe une relation directe entre le revenu par habitant d'un pays et la production par habitant. La production et le revenu sont en réalité deux façons de voir la même chose. La production est la valeur des biens et services produits, mesurée par les prix payés par les acheteurs. Le revenu est ce qui est payé aux gens (ce qui inclut le revenu résiduel de l'entrepreneur) qui offrent les ressources (facteurs de production) générant la production. Cela aussi doit être égal au prix de vente des biens."

Définis ainsi, il est en effet logique de dire que production et revenu traitent de la même chose. L'un se mesure selon le prix de vente, l'autre selon l'argent reçu lors de la vente, dont la somme est égale au prix de vente. On a en effet une égalité selon ces définitions. La production totale d'un pays permet ensuite de connaître la production par habitant (ça frise la trivialité!).

On peut par contre se questionner quant à la pertinence de calculer le revenu par habitant. La concentration du capital fait en sorte que la richesse se concentre entre les mains d'une minorité riche. Puisqu'il faut de l'argent pour faire de l'argent, les plus riches font donc plus d'argent, en moyenne, que les plus pauvres. Simple logique dans le contexte d'une économie capitaliste. Conséquence sur la moyenne? Une hausse importante du revenu moyen du citoyen. Cette disproportion fait en sorte que la médiane est beaucoup plus basse que la moyenne, et donne malheureusement une meilleure idée du revenu du citoyen moyen. L'indice du PIB par habitant donne donc une idée très imprécise de l'état réel d'une économie, où une minorité peut faire croire à un confort matériel généralisé. La confusion entre revenus par habitant et salaire moyen est facile dans ces conditions. Les auteurs semblent d'ailleurs tomber dans le piège, en intervertissant salaire et revenu par habitant lors de leur discussion sur les effets du syndicalisme et des lois sur le salaire minimum. On en arrive aux situations contradictoires où une hausse des salaires dû au syndicalisme signifie une baisse de revenu pour les citoyens, et l'effet contraire avec la baisse du salaire minimum qui engendrerait une hausse des revenus. Sachant que la vaste majorité des gens sont des salariés, ces conclusions sont difficiles à expliquer à moins d'un parti pris en faveur des entrepreneurs qui verraient peut-être leurs profits diminués par des pressions populaires.

Quand vient le temps d'analyser une éventuelle politique économique, il faut se fixer des priorités qui guideront nos choix. Doit-on privilégier la hausse de la production par habitant, ou faire profiter au plus grand nombre les bénéfices du progrès économique? Les conséquences sont très importantes. L'abolition du salaire minimum peut faire augmenter le PIB par habitant, mais qui en profitera? De nombreux travailleur gagneront maintenant moins, et ne profiteront visiblement pas de la situation. Les bénéfices iront donc à leurs employeurs. La lutte au syndicalisme donnera potentiellement le même résultat en laissant plus d'argent dans les poches des entrepreneurs. Mais, encore une fois, seule une minorité restreinte profitera du progrès économique. Selon les auteurs, même la création d'emplois n'est pas vraiment nécessaire : "nous n'avons pas besoins de plus d'emplois, comme tel. Nous avons plutôt besoin de travailleurs plus productifs (...) afin que nous puissions produire plus par habitant." Que deviennent les chômeurs? Leur parler de croissance économique tient de l'arrogance crasse.

Une hausse des salaires, même au dépend du revenu des capitalistes, a des effets bénéfiques sur l'économie. Comme l'a montré Adam Smith, l'argent allant à la classe ouvrière a pour conséquence d'augmenter le fond de consommation d'une nation. Une hausse des salaires, suite aux luttes syndicales ou à des réformes légales, augmente ce fond de consommation, et donc la demande en produits et services. La classe ouvrière, plus pauvre, dépensera plus si elle a plus d'argent. Les travailleurs de la classe moyenne augmenteront également leurs dépenses, jusqu'à atteindre un point de saturation. Le reste pourra être épargné puis investi. La classe moyenne crée ainsi une pression pour augmenter la production et amène l'argent pour moderniser les installations. La hausse générale de la demande incitera les entrepreneurs à augmenter leur production pour profiter de la situation. Si les entrepreneurs n'ont pas les yeux plus gros que la panse, la croissance pourra être soutenue plusieurs années, jusqu'à ce qu'inévitablement le cycle économique nous rattrape. Mais même à ce moment, les travailleurs ayant plus les moyens de se faire une réserve d'urgence, les impacts risquent d'être moins catastrophiques. Également, on peut ajouter qu'une meilleure distribution de la richesse augmentant le fond de consommation, l'investissement se trouve plus facilement justifié, ce qui évite une surabondance de l'épargne. Keynes attribue la grande dépression des années trente à ce surplus d'épargne. Tout le monde limitait sa consommation pour épargner et jouer à la Bourse. Mais ce faisant, plus aucun investissement n'était justifié, la consommation étant stagnante. Le système s'écroula sous le poids de l'épargne et du crédit. On voit ici que pour un même PIB par habitant, une meilleure répartition de la richesse résultera en une économie plus robuste, plus stable.

Des auteurs comme Hobson ont avancé que l'impérialisme de la fin du XIXe et du XXe siècle est la conséquence d'une saturation de la consommation. Les grandes puissances durent se tourner vers le reste du monde pour écouler leur surplus d'épargne et trouver un marché pour leur surproduction. De réduire la cause de l'impérialisme à une argumentation économique est très réductrice, mais la motivation économique reste une réalité. Lénine considérait l'impérialisme comme le stade ultime de dégénérescence du capital, où il en est rendu à s'exporter pour pouvoir survivre. L'Histoire ne lui a pas encore donné raison. Le capitalisme mourra-t-il pour des raisons techniques tel que le prétendaient Marx, Lénine et cie, ou pour des raisons sociologiques tel que l'avançait Schumpeter? L'argument sociologique semble plus plausible.

[Petite parenthèse]
The Guardian rapporte que Londres (Inner London) a le revenu par habitant le plus élevé d'Europe, alors que la moitié des enfants vivent dans la pauvreté. Le revenu par tête dévoile une fausse opulence! Une étude comparative (http://www.maxwell.syr.edu/news/releases/child_poverty_table.html) montre que malgré un revenu par habitant supérieur, le taux de pauvreté chez les enfants est supérieur aux Etats-Unis qu'entre autres au Canada, en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas. C'est donc dire que la répartition de la richesse y est plus inégale chez les Américains. Quoique le revenu par habitant soit plus haut, le salaire moyen serait beaucoup plus bas que ce chiffre, comme le montrerait le taux plus élevé de pauvreté. Un immigrant aurait peut-être avantage à aller dans un autre pays afin d'assurer de meilleures conditions de vie pour sa famille.

Les quatre sources de croissance des revenus sont : a) l'amélioration des compétences des travailleurs, b) l'augmentation des immobilisations, c) le progrès technologique, et d) une meilleure organisation économique.

Il existe quatre facteurs faisant augmenter la production (le terme revenu étant plus ambigu, je préfère utilisé le terme production). L'amélioration des compétences des travailleurs, via l'éducation, l'entraînement et l'expérience, augmentera évidemment la productivité des entreprises. L'augmentation des immobilisations, c'est-à-dire la machinerie, l'outillage, les bâtiments, etc., aidera également en ce sens. Le progrès technologique, en plus d'ouvrir de nouvelles avenues, améliore les méthodes de production, et donc la productivité générale. Finalement, une meilleure organisation économique facilite les échanges et le développement des entreprises. Les auteurs citent les exemples du système des brevets et de la reconnaissance de la corporation comme entité légale. On peut ajouter qu'Adam Smith discuta longuement des bienfaits de la création des premières banques à charte en Angleterre et en Écosse.

On ne peut nier que ces facteurs augmentent réellement la production d'une nation. Mais encore, on peut se demander à qui cela profite. Les auteurs parlent de l'augmentation des revenus à la suite de ces améliorations. Les revenus de qui? Sûrement pas celui des travailleurs, de la majorité des citoyens. L'augmentation de la productivité a pour objectif de générer plus de valeur, et conséquemment plus de profit, avec une moindre quantité de travail. Le salaire du travailleur restera le même, mais il produira désormais plus de produits à un coût unitaire inférieur. L'entrepreneur pourra alors vendre son produit à un prix inférieur au prix du marché pour être plus compétitif en plus d'augmenter sa part de profit s'il calcule bien son affaire. Seul le capitaliste profite réellement de l'augmentation de la productivité. Et le travailleur?

En diminuant la demande de travail, l'augmentation de la productivité aura plutôt tendance à diminuer les salaires en augmentant la compétition entre les travailleurs. Le développement d'une industrie peut finir par réduire le nombre absolu de salariés y étant employés. Ce fut le cas entre autres de l'agriculture, qui repoussa toujours plus de travailleurs vers les villes. Marx a également montré, chiffres à l'appui, que dans certaines branches de l'industrie l'augmentation de la production a engendré la diminution du nombre absolu d'ouvriers y oeuvrant. Le surplus forme ce qu'il appelle l'armée industrielle de réserve. C'est le tampon de chômeurs qui permet l'expansion rapide de l'économie lors de sa période de croissance. La croyance de certains économistes comme quoi la population ouvrière s'ajuste aux mouvements de l'économie est totalement farfelue, le développement de l'homme étant plus long que la durée d'un cycle économique complet. L'économie ne peut attendre 16 ans la main-d'œuvre qui lui permettra de saisir une opportunité se présentant aujourd'hui. À moins de lutter pour avoir sa part du gâteau, les lois du marché font en sorte que le travailleur se trouve appauvri par l'augmentation de la productivité. Ironiquement, son revenu individuel diminue alors que le revenu par habitant augmente.

Le revenu est une compensation qu'on obtient en rendant service aux autres. Les gens gagnent un revenu en aidant les autres.

"Le revenu est la compensation reçue en échange des services offerts aux autres. Les gens qui gagnent d'importants revenus apportent aux autres beaucoup de choses qu'ils veulent. Sinon, personne ne serait prêt à les payer si généreusement. Il y a une morale ici. Si l'on veut gagner un revenu élevé, il est nécessaire de déterminer comment aider beaucoup les autres." En conséquent, ceux qui jouissent d'un haut revenus ne le font pas en exploitant les gens, mais en les aidant.

Donc, on peut comprendre de ce postulat qu'un revenu va à la personne qui aide les autres en produisant les biens et services qu'ils désirent. Soit. Les auteurs citent en exemple Sam Walton (fondateur de Wal-Mart) et Bill Gates (fondateur de Microsoft). Ils affirment que si ces deux hommes sont devenus si riches, c'est en aidant les autres. Soit. Mais, chez Wal-Mart, qui offre le service, Sam où les commis? Chez Microsoft, qui a écrit les millions de lignes de commande de Windows, Bill où les informaticiens qu'il a engagé? Dans les deux cas, ce sont les employés qui, en vérité, produisent ce que les gens veulent. Selon leur logique, les milliards devrait donc aller aux travailleurs, pas aux chefs d'entreprises. Ce sont les travailleurs qui produisent la richesse, pas les actionnaires! Et pourtant, ce sont ces derniers qui ramassent la galette.

Certains pourraient avancer que les chefs d'entreprises travaillent beaucoup, et que ces milliards sont la récompense pour leur travail. Ici, il faut bien faire la différence entre deux concepts très différents : travailleur et capitaliste. Le premier est l'agent économique qui produit un travail. Le deuxième est le détenteur d'un capital. Ce dernier ne travail pas, ne produit pas (c'est le rôle du travailleur), il se contente de posséder. La même personne peut évidemment être travailleur ET capitaliste à la fois. C'est justement le cas de Bill Gates. Il faut toutefois faire la différence entre son revenu et tant que capitaliste et celui en tant que travailleur. Attribuer tout cet argent à son seul travail est ridicule. La plus grande partie de sa fortune provient de l'accumulation de son capital, pas de son travail de gestionnaire. Ridicule? Pour s'en convaincre, on n'a qu'à considérer le salaire d'un gestionnaire moyen. Cela donne une bonne approximation de la valeur sur le marché du travail d'un administrateur. Ce salaire ce situe-t-il dans les milliards? Bien sûr que non! Même le salaire des chefs d'entreprises actuel ne se situe que dans les millions, et de plus en plus de gens sont d'avis qu'ils sont largement surestimés. Leur salaire est donc supérieur à la valeur de leur travail. Le célébrissime Warren Buffett, avec un salaire avoisinant les 300 000$, se trouve lui-même déjà (trop) grassement rétribué pour son travail. On est très loin des milliards de Bill, prouvant qu'il ne peuvent provenir de son travail, mais plutôt de l'accumulation de son capital. Cet accumulation, de son côté, est le résultat de l'activité de ce même capital, ce qui implique l'équipement technique ET les travailleurs. Un bien matériel ne pouvant rien produire de lui-même, il faut donc que cet accroissement provienne du travail des employés. Le capitaliste se trouve-t-il à détourner en sa faveur le revenu qui, selon le postulat de départ, devrait aller aux travailleurs? Marx a bien pris soin de démontrer pourquoi le capitaliste n'est pas un voleur, mais on peut se questionner sérieusement quant aux avantages et à la valeur morale d'un tel mode de production où, en fin de compte, les revenus ne vont pas en totalité à ceux qui produisent la richesse. Le postulat présenté par les auteurs ne se vérifie donc que partiellement dans l'économie actuelle.

Les profits dirigent les entreprises vers les activités qui font augmenter la richesse.

Si les coûts de production sont inférieurs au prix de vente du produit, l'entreprise fera un profit. Si les coûts de production sont plus élevés que le prix de vente du produit, l'entreprise perdra de l'argent. Les entrepreneurs ont donc intérêt à investir dans des domaines où la demande fait en sorte qu'il pourra produire avec profit. L'entrepreneur reçoit donc une récompense s'il produit un produit que les gens veulent, et est punit s'il gaspillent les ressources à produire des marchandises qu'ils ne veulent pas. En ce sens, les profits dirigent les entreprises vers les activités qui font augmenter la richesse.

Si on fait abstraction de l'argument douteux selon lequel le revenu d'un entrepreneur (en tant que capitaliste, et non en tant que travailleur) est une récompense pour avoir rendu service aux autres, ce principe est mieux développé dans le chapitre suivant sur la main invisible. Pour éviter les redondances, je poursuis immédiatement avec la suite.

Le principe de la "main invisible" stipule que le système des prix permet d'harmoniser l'intérêt de l'individu avec le bien-être général.

"Chaque individu s'efforce de trouver l'emploi le plus avantageux pour le capital dont il dispose, quel qu'en soit le montant. C'est dans son propre intérêt, évidemment, et non dans l'intérêt de la société qu'il envisage la question. Mais la recherche de son propre intérêt le conduit naturellement, ou plutôt par nécessité, à choisir l'usage de son capital le plus avantageux pour la société... Son intention est uniquement son propre profit et, en cela, comme dans bien d'autres cas, il est conduit par une main invisible, à favoriser un dessein qui n'était pas dans ses intentions." Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations.

Le principe de la main invisible, tel que présenté par Adam Smith, stipule qu'une autorité ou une quelconque administration centralisée n'est pas nécessaire pour obtenir un ordre social. Le mécanisme des prix fournit un indicateur quant aux besoins de la société. La valeur d'une marchandise, bien ou service, est déterminé selon la quantité de travail requise pour transformer des ressources naturelles en un produit échangeable. Mais, le prix peut varier aux alentours de cette valeur. Une offre surabondante fera descendre les prix en dessous de la valeur du produit, décourageant les entrepreneurs à en produire. Une demande trop forte par rapport à l'offre fera monter les prix au-dessus de la valeur du produit, encourageant cette fois les entrepreneurs à investir dans cette industrie. La main invisible fera en sorte de ramener les prix vers le prix naturel des marchandises, correspondant à leur valeur.

Ce beau principe repose sur des conditions pour être valide. Smith, en écrivant son livre, faisait l'observation d'une économie atomistique, c'est-à-dire où les agents économiques sont nombreux et de petite taille. De grandes entreprises comme General Motors, General Electric et Bombardier sont pratiquement des hérésies selon l'économiste. Comment l'intérêt personnel peut-il vraiment jouer s'il est noyé dans une telle masse d'actionnaires? La concentration du capital et l'avènement du Grand Capital prédit par Marx fait immanquablement diminuer le nombre de joueurs. Le développement d'une industrie nous éloigne donc de cette condition d'une économie atomistique.

Le principe repose aussi sur l'hypothèse que l'intérêt personnel est d'ordre pécunier. Or, il n'en est pas toujours ainsi. L'être humain peut être motivé par bien autre chose que l'argent. Robert L. Heilbroner, dans son livre sur les grands économistes, démontre en introduction qu'une économie basée sur l'intérêt pécunier est un fait récent de l'histoire, et que l'intérêt pour l'accumulation de l'argent était pratiquement inexistant par le passé. Un entrepreneur ne se dirigera pas vers un domaine seulement parce qu'il y a de l'argent à y faire. Bien souvent, son choix est influencé par le fait que telle ou telle industrie le passionne. Je pourrais vivre grassement comme soudeur en profitant de l'actuelle pénurie, mais je ne le fais pas, simplement parce que mon goût personnel m'attire ailleurs. La contribution historique de John Stuart Mill fut justement de remarquer que l'économie étant un fait humain, c'est donc aux gens de décider à quoi ressemblera l'économie, comment la richesse sera distribuer et ainsi de suite. En faisant des êtres humains des êtres avides de profit et des acteurs rationnels et informés pouvant déterminer où est leur intérêt, les économistes oublient que l'argent n'intéresse à ce point que certains d'entre eux, et qu'ils sont, trop souvent, des acteurs émotif et ignorants. L'existence même de ce livre, ce que tous les québécois devraient savoir sur l'économie, prouve cette ignorance, son introduction spécifiant qu'il a pour but de combler ces lacunes présentes dans la population et même chez les étudiants en économie (!!!).

Ne pas tenir compte des effets secondaires et des conséquences à long terme est une source d'erreur parmi les plus communes en économie.

"Lorsqu'on analyse un propos économique, on doit projeter non seulement les résultats immédiats mais aussi les résultats à long terme, non seulement les conséquences premières mais aussi les conséquences secondaires, et non seulement les effets sur certains groupes spéciaux mais les effets sur tout le monde."

On parle d'une évidence ici! Il est également évident que plusieurs économistes et politiciens ne font pas cette analyse, ou ne la font pas de façon rigoureuse. Les auteurs citent une série d'exemples illustrant ce fait. Il ne sert à rien de les regarder ici, puisqu'ils sont très souvent biaisés par une idéologie ou basés sur des concepts erronés ou inadéquats. De toute façon, le sujet de ce chapitre étant très évident, des exemples me semblent superflus dans le cadre de ce texte.

Ce qu'il faut en conclure?

Si le livre est vraiment représentatif de la science économique d'aujourd'hui, de porter le mot de science est une honte.

Tout d'abord, dans toute science, une loi ne s'applique seulement que lorsque certaines conditions sont respectés. Sinon, c'est qu'on se trouve en face d'un autre phénomène, et donc la loi est inapplicable. D'étendre la loi de l'offre et de la demande à toute l'économie brise automatiquement cette règle, car les caractéristiques de certains secteurs ne respectent pas les conditions de bases : des échanges volontaires entre de nombreux acteurs économiques. Certains échanges ne relèvent pas de la volonté, mais de l'urgence de la nécessité. Le capitalisme, par son développement, tend à réduire le nombre de joueurs. Dans les deux cas, les conditions d'application de la loi ne sont pas respectées.

La confusion entre valeur d'usage et valeur d'échange, quoique la différence soit facile à faire la première étant d'ordre qualitative et l'autre d'ordre quantitative, continuent de hanter la science économique. De conclure que les échanges produisent la richesse est farfelue, puisque les marchandises échangées existent déjà avant l'échange. Rien n'a donc pu être produit lors de l'échange! À ce moment, seul le travail apparaît comme une source productive de richesse. Le travail étant source de richesse, si on est d'accord que le créateur de richesse doit être récompensé pour ses bienfaits, il apparaît alors naturel de récompenser les travailleurs et non les capitalistes. C'est pourtant le contraire qui se produit avec le capitalisme, avec la bénédiction d'économistes manquant peut-être volontairement de rigueur scientifique pour des raisons idéologiques.

La synonymie douteuse entre revenu et production leur sauve le dur labeur de voir à qui va le revenu issu de la production. Une augmentation de la production ne signifie pas automatiquement une augmentation de revenu pour tous. Au contraire, la structure du capitalisme fait plutôt en sorte que seule une minorité en bénéficie. Quant une usine se modernise pour augmenter sa productivité et donc ses profits, est-ce que les travailleurs ont une augmentation de salaire? Il faut être naïf pour le croire. La modernisation a pour but d'augmenter les profits, les actionnaires n'ont certes pas intérêt à remettre cet argent aux travailleurs sous forme d'augmentation de salaires! Cette synonymie entre revenu et production mène l'économiste à utiliser des indicateurs aussi insignifiants que le revenu par habitant pour juger du progrès d'une société. Si nous comparons le revenu par habitant de l'Allemagne et des Etats-Unis en 2001 (http://sitecon.free.fr/Data/PDF/rdh2003.pdf statistiques de l'ONU), on obtient respectivement 25320$ et 34320$. Les Etats-Unis semblent donc avoir atteint un niveau de progrès économique plus élevé que les Allemands. Par contre, si nous tenons compte du temps travaillé par les habitants de ces pays, on s'aperçoit que les Allemands ont au moins un mois de vacances par années, alors que les Américains, avec leurs longues journées de travail et la quasi absence de vacances, travaillent en moyenne 4 mois de plus que les européens (http://www.worktolive.info). Donc, le rapport de temps travaillé est de 11 mois pour 15 mois environ. Or, le rapport entre les revenus par habitant des deux pays est pratiquement identique (avec même un léger avantage en faveur de l'Allemagne). Quoique le revenu par habitant soit plus bas en Allemagne, la productivité des travailleurs des deux pays est pratiquement la même. Seul le temps de travail diffère. Donc, là où le PIB par habitant laisse croire à une nette supériorité américaine en terme de développement économique, les faits nous révèle plutôt la supériorité allemande en terme de développement social et la folie productiviste américaine.

Finalement, qu'en est-il maintenant de la fameuse "main invisible"? Elle stipule que les variations des prix causées par la variation de l'offre et de la demande sont des indicateurs incitant les gens à produire ce que les gens veulent plutôt que ce qu'ils ne veulent pas. Dès le départ, il est nécessaire que la loi de l'offre et de la demande s'applique pour bénéficier des effets autorégulateurs du libre marché. Or, le développement du capitalisme, on l'a vu, tend à éliminer les conditions d'application de cette loi. L'effet autorégulateur du marché disparaît en même temps. La régulation doit alors provenir d'une entité extérieure, c'est-à-dire l'État dans la situation actuelle. Pour pouvoir profiter des bienfaits du libre marché, il faut donc utiliser un autre mode de production que le capitalisme. Le mutualisme est une voie souvent proposée.

Si on ajoute à cela la fausse conception de l'homme où s'abreuvent les économistes mainstream, on n'a plus de doute qu'en à leur rigueur scientifique : elle est inexistante, écrasée sous une idéologie irrationnelle.

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