La civilisation moderne n’a pas été une rupture absolue et totale avec ce qui l’a précédé. Bien qu’elle a crée de nouveaux imaginaires et a permis de redécouvrir des notions telles que l’autonomie, la liberté.. il ne faut pas perdre de vue que, comme toute civilisation elle régit un ensemble hétérogène et ce eu égard à son passé, son présent et à de nombreux drames futurs et prévisibles (Robert Jaulin). Castoriadis rappelle que la tradition occidentale comporte de nombreux éléments contradictoires : “ Notre histoire a crée la démocratie mais c’est aussi la seule histoire à avoir engendrer le totalitarisme ”. (Castoriadis : Figures du pensable). Mais peut-on avoir des éléments de compréhension (et non d’explication puisque l’histoire ne se répète pas) de cette dérive? Pourquoi l’occident démocratique a engendré ces terribles moments que sont le colonialisme, le fascisme, le totalitarisme et aujourd’hui la montée du nouvel empire ? Pourquoi les éléments positifs du projet occidental se sont éclipsés au profit d’un projet hégémonique sans précédent ?
Ce qui a caractérisé l’avènement de la modernité ce n’est pas seulement ses nouveaux imaginaires libérateurs mais c’est aussi que c’est la seule culture qui s’est dotée de moyens scientifiques, techniques et militaires lui permettant de réaliser voire d’imposer une certaine homogénéité conçue par ce qu’on est habitué à désigner par “ le centre ”, ce que les autres civilisations dites “ traditionnelles ” n’ont pu réaliser ou l’ont réalisé dans les limites de leur pouvoir idéologique et matériel. C’est la seule civilisation où la production est considérée comme le centre et le nœud de la société et où la techno-science en devient la force motrice. Tout cet effort d’homogénéisation que Serge Latouche désigne par “ l’occidentalisation du monde ” à travers la “ marchandisation ” repose sur des moyens techniques, scientifiques et militaires mais aussi sur un cadre idéologique qui emprunte au passé et qui s’est forgé et s’est concrétisé au fur et à mesure que la technologie s’est emparée de toutes les sphères de la vie sociale.
Pour mieux élucider l’aventure de l’homme moderne Robert Jaulin, un ethnologue français, nous invite à repenser l’image de Pharaon et de l’esclave. Nous considérons que cette image reflète bien la réalité actuelle et nous pensons qu’il est utile et judicieux de s’y arrêter.
Pour l’esclave, l’autre est celui qui vous nie et vous pourchasse. Son salut est dans une totalité se situant dans “ l’au-delà ”. L’espace demeure un barrage opposé au torrent de l’histoire et une limite infranchissable. Le temps réel de l’esclave a été toujours vaincu par l’espace qui ne lui appartient pas et que Pharaon a toujours voulu annexer, absorber et engloutir. Pour les esclaves dont l’existence fut mouvante, le temps est érigé en une histoire unique et féconde. Ce temps prendra un jour possession de l’espace-monde et mettra en cause la valeur-terre. Ce temps total, donné et absolu contient en lui ses moments d’historicité. Le salut adviendra un jour. L’esclave pense que sa position absolue dans l’être lui est assurée par sa filiation et donc il se réfère à un passé (disons comme Levinas “ un passé simple ”). Son existence vient de son essence propre. Les persécutions et les catastrophes ne sont qu’une preuve de l’élection (Castoriadis : Sujet et vérité).
Quant à Pharaon, l’autre, l’esclave est celui qu’il nie. La totalité n’est pas temporelle mais est conçue comme une extension du soi, être “ permanent ” dont les mouvements divers d’existence ne sont que des variables expressives partiellement de cet être inintentionnel, l’ “ univers-soi ”. L’extension spatiale vers cet univers n’exprime jamais qu’un mouvement vers cet univers et n’a de sens que par référence à ce qui lui succèdera. (Robert Jaulin : La paix blanche). Pour Pharaon son existence est conçue à partir d’un présent qui se renouvelle à chaque instant et moment ; elle s’offre à la conquête. Pour lui l’esclave n’a qu’une existence factice et irrémissible.
Ce qui a marqué l’évolution de la civilisation moderne surtout ces derniers siècles (et je dirais tout particulièrement la deuxième moitié du siècle précédent) c’est la naissance d’une alliance entre Pharaon et son esclave. C’est le mariage de ces deux rapports à autrui et de leurs deux conceptions de l’espace-temps ; mariage lent, marqué par des frictions, mésententes, tiraillements, conflits, massacres voire génocides mais qui s’est imposé au fil des jours et est devenu plus réel que jamais. Et on peut dire que cette année on a connu le couronnement de cette alliance.
La totalité de Pharaon (spatiale) est identifiée à celle de l’esclave (temporelle) pour œuvrer pour une homogénéité qui, désormais, a les moyens de ses fins. La conquête n’est plus seulement pharaonique (spatiale) mais aussi temporelle. Elle se fait entre autre par une conversion de la définition de l’autre. Ainsi, désormais, pour l’esclave, l’autre n’est plus celui qui vous nie mais celui qui vous affirme en tant que détenteur de la totalité. Le pouvoir absolu, divin, (temps absolu de l’esclave) est dorénavant en collusion avec le “ royaume de la terre ”. Ils agissent en connivence et en complicité.
Pharaon est doté d’un pouvoir messianique qui lui permet d’établir son temps absolu emprunté à l’esclave, le temps de tous les temps. Ainsi on célèbre la fin de l’histoire. L’inclusion de l’un par l’autre, la résolution du conflit Pharaon-esclave est achevée : Dieu (la totalité) n’est plus au-delà, il est présent en eux. “ L’homme maître et possesseur de la nature ” ( y compris la nature humaine dépourvue et dénuée de sa culture) n’est plus un veux, une vision ou un désir mais une réalité. Le monde (social, culturel, ….) autour de nous n’est plus celui de la création imaginaire et inventive et donc poétique des êtres humains mais un monde de la répétition, de la conformité (Iso 9000, Iso 9004, …..) et du conformisme généralisé (Castoriadis). Une seule Raison, un seul mode de pensée, de produire, de consommer, de vivre et une même conception du bonheur et de félicité. La société libérale qui s’est fondée sur la notion de l’individu détruit tous les espaces : public-public, public-privé et privé, (Castoriadis : Faits et à faire). Bref tout est copie de tout et vous n’avez qu’à vous soumettre car “ on ne peut être contre le progrès et la science ”
La totalité de l’esclave qui était au delà vise maintenant à la contenir et à la résorber dans un groupe restreint uni à Pharaon (Jaulin).
“ La malédiction de l’esclave est transformée en exultation ” (Levinas). Il découvre sa virilité et une espèce de liberté qui lui permet d’être l’associé de Pharaon dans sa nouvelle aventure. Mais il ne perd pas son adhésion à un temps absolu. Il se débarrasse du fardeau du passé d’esclave pour avoir une nouvelle vie, un nouveau commencement, une jeunesse voire une nouvelle origine absolue qui ne rompt pas avec la croyance en l’élection qu’il la communique au présent. (Levinas). Levinas qui, à mon humble avis, incarne le plus la nouvelle “ philosophie ” de l’esclave moderne, parle d’une “ nouvelle assise ” et donc d’un nouveau fondement. Liberté, exultation vont de paire avec une “ immobilité au niveau de l’ultime identité de l’être ”. Il n’y a plus de “ passé simple ” mais un passé absolu.
Qu’a donné cette alliance sacrée qui s’est soldée par la montée du nouvel empire : Agressivité, colonialisme, ethnocide et enfin mondialisation. L’humanité a assisté de génération en génération à la destruction progressive et continue des acquis du monde moderne et des autres civilisations dites “ traditionnelles ” (atteinte aux modes de vie, à la cohésion sociale, à l’art, aux savoirs faire, rupture des équilibres, dégâts écologiques, disparition des pratiques locales intégrées, disparition des langues et de la biodiversité). Le tout sous couvert de modernisme.
La négation, affirme Jaulin, est incestueuse car elle brise la distinction puisqu’elle vise à détruire le partenaire ou l’inclure à soi. Nier l’espace et le temps relatifs, nier l’autre et le résorber revient à se nier soi-même car si se définir est entre autre se situer par rapport à autrui , détruire autrui c’est aussi se détruire.
Les effets dévastateurs du nouvel empire bicéphale sont marquants à tous les niveaux. Pharaon et son esclave croient qu’ils ont un pouvoir messianique qui leur a été conféré par, d’une part le pouvoir absolu d’extension illimitée qu’a Pharaon et d’autre part par l’élection de l’esclave. Il s’agit d’“ un messianisme anti-étatique et sans messies ” disait Levinas.
L’empire bicéphale est en train d’imposer un nouveau type de totalitarisme qui diffère fondamentalement des anciennes formes d’hégémonie dont il a rassemblé plusieurs aspects et formes qu’il a concentrées. Le résultat en est une autocratie moderne mais qui ne dit pas son nom et se présente comme étant le libérateur de toute l’humanité des différents dangers qui la guettent. Il s’agit à la fois d’une dictature souple et rigide.
Le caractère messianique de cet empire se traduit aussi par le nouveau rôle attribué à la philosophie. En effet, la philosophie de l’esclave libéré n’est plus “ une des incarnations principales de notre liberté ” (Castoriadis), mais “ doit restaurer le commencement véritable de la philosophie, déchiffrer l’adieu à-Dieu … retrouver la parole de Dieu dans le visage ” de l’homme moderne (Benny Levy ancien chef de la gauche prolétarienne !!! et spécialiste en l’exégèse de la pensée de Levinas). L’esclave moderne “ c’est celui qui se demande sincèrement si, depuis l’Emancipation, nous sommes encore capables de messianisme ” (Levinas). On théorise ainsi de la manière la plus fine l’exigence d’un messianisme moderne et la fin “ du congé donné à la transcendance ” (Benny Levy). Mais ce retour à la transcendance se veut moderne. Ses prophètes ne transmettent pas la parole de Dieu et n’engagent aucun prosélytisme puisqu’ils sont Dieux sur terre. Désormais, c’est la technique moderne (moyens de communication, objets de consommation, la croyance en l’expertise scientifique ….) qui s’en charge. Sois consommateur ou disparais ! C’est le message de la nouvelle religion. Au royaume du commerce plus de place pour les tenants de la souveraineté (conçue non d’un point de vue d’un nationalisme chauvin mais comme étant l’attachement de l’être humain à une vie commune, un espace donné, une culture et des valeurs). Plus de repères. Le village planétaire est ainsi la somme des déracinés, atomisés, conformistes, soumis, amnésiques et adeptes de la nouvelle religion, une religion sans cultes et dont les prophètes se posent en Dieux sur terre.
Réprimer voire anéantir les ennemis du progrès est légitimé au vue de la “ grandeur ” et l’ampleur du projet (s’il y en a un). Ainsi, on prépare les esprits à accepter et banaliser toutes les horreurs commises et prévues (via la TV). Pharaon et son esclave sont près à de nouveaux massacres et ethnocides et nous ne sommes qu’au début de leur aventure. Un million et demi d’enfants irakiens ont succombé suite au blocus économique et des milliers de tonnes d’uranium ont été utilisés dans la dernière guerre. L’empire “ New Look ” bicéphale est plus prédateur qu’on le pense.
Pharaon et son esclave croient fonder l’empire sur la base d’un mariage de leurs visions du monde et de la complémentarité de leurs rapports à autrui et d’une identification de leurs totalités qui deviennent une. Mais plus ils se rapprochent plus ils se nient. L’esclave optant pour le système du maître se cherche des esclaves et se nie par là même (Jaulin). Pharaon optant pour le temps absolu de l’esclave voit son extension limitée par un espace devenu de plus en plus vaste et donc imposant la dispersion de ses forces qui deviennent de plus en plus vulnérables.
Il devient clair aujourd’hui que le champ principal de l’action destructrice du nouvel empire bicéphale est le moyen orient et tout particulièrement l’Irak et La Palestine (et demain peut-être La Syrie, L’Iran, Le Liban.). Toutes les forces du monde, épris de paix et de liberté, se tournent vers cette région car elles sont conscientes, au fond d’elles-mêmes, que la défaite de l’agresseur et des tyrans s’y joue inéluctablement. L’irakien qui défend sa patrie, son village, son droit à la vie et sa liberté défend en même temps le reste de l’humanité sans le savoir. Pharaon et son esclave, unis dans leur aventure dévastatrice, n’ont pas pris en compte le facteur espace dans ses multiples dimensions. Celui-ci est présent dans chaque pas, chaque coin, dans la montagne, le désert, la colline, les rivières, les arbres et les murmures des feuilles. Il est aussi ancré et présent dans l’imaginaire et la mémoire des hommes qui l’ont façonné et modelé. La terre compte les chars et les blindés qui la traversent ; les fleuves et rivières gorgés de sang des milliers d’innocents ainsi que l’air contaminé par les odeurs et les irradiations des bombes prendront leur revanche. Les nouveaux seigneurs de guerre ne cachent pas leur peur de l’espace et des lieux, cet inconnu qu’ils ont nié et qui ne cesse de les guetter. Ayant perdu tout contact avec le monde réel et naturel dont ils se sont détachés (Ivan Illich) pour soit disant le mieux maîtriser, voilà qu’ils en ont peur. Ils ont crée un monde fictif et virtuel et ont œuvré pour le déracinement des peuples et voilà qu’ils ont affaire à ce monde réel. Ils ont projeté de transformer l’Irak, ce pays splendide qui raconte l’histoire de toute l’humanité, en un HongKong, un paradis financier pour les multinationales qui volent, au vu et au su de tous, les richesses d’un peuple. Mais l’espace leur réserve des surprises déplaisantes et terrifiantes et qui échappent à l’ “ universalité rationnelle ”. On croit maîtriser l’espace-temps par les possibilités offertes par les nouvelles technologies et triompher de la nature, on annonce la fin de l’histoire et la disparition des lieux et voilà qu’on assiste à un renversement de situation. Les tyrans crient au secours et à l’aide et sont pris à leur propre piège. L’arroseur est arrosé. Plus il s’étend plus sa convoitise et sa cupidité se renforcent et plus le sentiment de puissance et d’omnipotence s’en empare. L’espace s’offre à sa conquête. Mais à chaque mouvement d’expansion ses forces s’effritent et se dispersent. Le lieu, l’espace, le temps prennent toute leur envergure. Pharaon et son esclave ont commis l’erreur fatale d’intervenir directement et de s’attaquer à l’espace réel, eux qui ont préparé les esprits à un monde virtuel auquel ils ont cru.
La guerre en Irak nous a révélé des vérités longtemps restées muettes et occultes :
- Pas de démocratie sans liberté et pas de démocratie si elle n’est pas mondiale. Malheureusement cette vérité a été négligée par beaucoup de penseurs contemporains. Il n’est pas juste de dire que le nationalisme (ou la décolonisation) “ a signifié pour (nos peuples) de n’être plus sous la botte des sergents français ou anglais et de rester sous la botte d’un sergent bien de chez nous ” (Castoriadis : Domaines de l’homme). Les peuples du Tiers-Monde n’ont pas choisi d’être “ sous la botte ” de ces sergents dont un bon nombre a bénéficié du soutien inconditionnel des pays libres et démocratiques. D’autre part et quelle que soit la nature de ces régimes qui ont régné après l’indépendance, il est clair que les peuples qui étaient sous la colonisation ont réalisé, après leur indépendance, plusieurs acquis et ce sur tous les plans, chose qui était impossible sous la domination coloniale (santé, éducation etc…) Le colonisateur considérait les peuples autochtones comme des “ indigènes ” non dignes des droits dont bénéficient les colons. Le colonialisme prônait la “ hiérarchie ” des civilisations et méprisait les peuples des pays colonisés. Il a détruit des réalités culturelles et a commis des massacres. Il n’a pas exporté les idéaux de démocratie et de liberté mais envoyé des missionnaires (Evangélisation des Indiens du Brésil par exemple et dont parle Robert Jaulin). “ Il a pratiqué l’ethnocide par les objets introduits de manière sauvage ” idem ; l’ethnocide, contrairement au génocide qui est la destruction physique d’un peuple, est la destruction de sa culture (Thierry Gaudin : L’écoute des silences). En 1954, par exemple, La Tunisie était un pays exsangue, où sévissaient pauvreté et épidémies et l’analphabétisme touchaient plus que 90% de la population. L’absence de démocratie dans les pays “ sous-développés ” est largement conditionnée par l’inégalité socio-économique et culturelle qui prévalent dans le monde. D’autre part “ le délabrement de l’occident ” (Castoriadis), l’éclipse du projet démocratique occidental et le phénomène de décadence généralisée qui s’est manifesté à tous les niveaux et les domaines et qui s’est accentué dans la dernière moitié du siècle précédent ont participé énormément à la situation politique alarmante que vivent la plupart des pays du Tiers-Monde. Même si “ l’Irak a été sous domination turque pendant cinq siècles et sous protectorat britannique pendant 40 ans ” ce n’est pas une raison pour que son peuple accepte les crimes actuels commis au nom de la démocratie et la défense des droits de l’homme. Un évêque brésilien a rappelé en 1969 que “ pour que nos structures sociales (Tiers-Monde) puissent changer, il faut d’abord que les pays industrialisés connaissent une transformation de leur propre ordre social ” Et Jaulin de confirmer : “Les rapports de la civilisation occidentale à elle-même et avec les autres civilisations sont complémentaires, se pensent ensemble, comme des criminalités emboîtées et on ne peut croire à la modification de l’une sans affirmer la modification de l’autre ” (Jaulin : La paix blanche). François shneider dans la revue “ Silence ” février 2002 remarquait que “ si nous autres grands amis du progrès, de la démocratie et des pauvres voulons que dans cinquante ans les dix milliards d’habitants de la planète bénéficient de notre niveau de vie (une bagnole, une villa sur la côte, cinq cents kilos de déchets par an et quatre heures par jour devant la télé), il nous faudrait, en gros, douze planètes ” (d’ici 2020 les réserves en eau potable seront amoindries et 2/3 de la population mondiale aura soif et ce selon l’Unesco). Que signifie un discours sur l’exigence de la démocratie dans les pays pauvres si on néglige le fait que plus de 80% de la richesse du monde est accaparée par une minorité (20% de la population mondiale disposent de plus que 80% des richesses mondiales et 75 personnes des plus riches dans le monde disposent de plus que le PIB de la Chine populaire) et que la mondialisation dévastatrice y a sapé les bases de toute cohésion sociale et vie communautaire et a jeté des millions de personnes dans la pauvreté et la faim? Il est vain et dérisoire d’exiger une démocratie dans un pays où la majeure partie ne trouve pas de quoi se nourrir sachant par ailleurs qu’on est responsable de cette situation. Il est contradictoire de parler de démocratie dans les pays du Tiers-Monde alors qu’on continue à accaparer leur richesse et leur vendre des armes. L’obstacle majeur devant la démocratie dans les pays du Tiers-Monde est bel et bien l’impérialisme sous toutes ses formes (soutien aux régimes fantoches, coups d’état militaires, mode de développement imposé et dicté par les intérêts des oligarchies financières mondiales, accaparement des richesses, vente d’armes aux différents groupes belligérants, bases militaires, soutien inconditionnel à des régimes expansionnistes, délocalisation des entreprises polluantes vers les pays pauvres …). Par ailleurs il est contradictoire d’exiger la démocratie dans ces pays alors que le monde occidental s’enfonce dans la société de consommation qui ne cesse de dévorer les richesses et de détruire et bouleverser l’équilibre écologique. Le président Johnson (président américain) déclarait il y a des dizaines d’années que si le monde entier accédait à un niveau de consommation des Etats-Unis, les réserves reconnues des principales matières premières seraient épuisés en moins de six mois.
Nous n’avons besoin ni de Pharaon ni de son esclave mais d’un homme responsable et authentiquement libre de penser et de choisir. Nous ne voulons ni être des valets sur la terre ni régner sur des morts ( car la mondialisation dévastatrice a réussi, de fait, à créer des morts : des assimilés, conformistes, soumis, dociles) . Lutter contre l’empire moderne c’est aussi “ redéfinir ” un autre “ projet ” pour l’humanité (qui ne sera pas une dictature même si elle se dit populaire ou prolétarienne) et qui bouleversera ses fondements idéologiques. Dans cette marche vers la liberté il n’y a pas de peuple libérateur ni d’idéologie préconçue pour tous et pour toujours. C’est une œuvre humaine qui crée, invente et imagine tout en laissant le droit aux peuples de choisir. L’agression impériale moderne a mis tous les peuples et particulièrement les peuples arabes devant l’obligation de se resituer et se positionner par rapport à l’agresseur et aussi par rapport à soi, son histoire, son présent et son futur. Il ne suffit pas d’objectiver et de subjectiver l’ennemi extérieur. Si, aujourd’hui, Pharaon et son esclave sont incarnés par le nouvel empire bicéphale, il ne faut pas perdre de vue qu’ils peuvent se manifester sous n’importe quelle autre forme. Car Pharaon et son esclave sont aussi en nous. C’est la croyance en une science (et une technique) omnipotente, à vocation manipulatrice. C’est la croyance en la maîtrise absolue de la nature et en la séparation du sujet et de l’objet de la connaissance. C’est l’esprit réducteur qui prône le tout biologique et génétique. C’est la croyance en un groupe ou une classe ou en un peuple libérateur et détenteur de la vérité qui sera valable pour tous, l’exaltation et la glorification de l’histoire ou le mépris et la haine de soi qui nourrit la haine de l’autre et sa dévalorisation. C’est la soumission, l’attente d’un miracle, l’identification à un guide ou en une instance qui impose son pouvoir au nom de Dieu ou au nom de la science et de l’expertise scientifique. C’est l’identification à une tradition ou à une culture qu’on fixe (comme étant un noyau ou une essence ou une substance) et à laquelle on se réfère exclusivement ignorant toutes les autres cultures. Car même si des valeurs comme l’autonomie, la liberté, … ont été incarnées le plus par une culture ou une civilisation pendant une certaine période de son histoire ceci ne doit pas nous conduire à un jugement de valeur lequel aboutirait un ethnocentrisme. L’histoire de tous les peuples est riche des luttes contre le despotisme et pour la liberté et chaque peuple (et civilisation) doit se “ ressourcer dans son passé pour reconquérir son héritage ” (Goethe) et participer à la naissance d’un nouveau monde convivial et solidaire. D’autre part même si Pharaon et son esclave sont incarnés, aujourd’hui, par le nouvel empire bicéphale, ceci ne doit en aucun cas nous pousser à émettre un jugement de valeur sur tout un groupe ou une civilisation. Pharaon et son esclave sont en nous dans la mesure où “ le progrès ” garanti est devenu synonyme de coupure avec l’histoire, le passé, l’art et la culture en général.
Œuvrons pour un futur voulu et choisi et non pour un futur promis et donné. Oeuvrons pour un monde débarrassé de la recherche du pouvoir et de la folie d’extension indéfinie de la rationalisation. Reconnaître le droit à tous les peuples et tous les pays à un apport positif et originel et à la transformation nécessaire de la société mondiale (Castoriadis : Développement et rationalité). Œuvrons pour une technique qui peut être mise au service de l’humanité et au maintien et développement des formes authentiques de socialité qui subsistent dans les pays “ sous-développés ” et en retour reconnaître la possibilité pour les peuples occidentaux d’y apprendre quelque chose qu’ils ont oublié de s’en inspirer pour faire revivre des formes de vie véritablement communautaire ” (idem). Nous ne sommes pas en face d’une guerre de religion ou de civilisation comme veulent le faire croire les nouveaux seigneurs de guerre mais nous sommes tous, et partout, confrontés à un danger commun qui est la disparition de la civilisation humaine. Nous ne sommes pas en train de vivre une parenthèse si longue soit-elle mais nous passons par une période critique marquée par la régression totale et à tous les niveaux et dont les effets se répercuteront inéluctablement sur les générations futures.
- Dictature souple : à travers un discours “ scientifique ” qui propage une image stéréotypée de la science et qui prône son innocence. La techno-science qui tend à occuper toutes les sphères de la vie sociale et particulièrement les technologies de la communication incarne de plus en plus un discours différencié sur l’ordre social, spatial, temporel, planétaire, le tout à partir de justifications techniques fournissant une base pour désigner l’universel et concourant par-là au déracinement des groupes et à leur arrachement à leur milieu vital qu’ils ont inventé et modelé. La science moderne est devenue “ seule source de vérité authentique ” (Jaques Monod), “ la biologie est la clé de la nature humaine ” (Edwards Wilson ), “ la science est la seule source de l’éthique qui doit être débarrassée de toute irrationalité ” (Jean Pierre Changeux), “ la science permet d’améliorer les êtres humains ” (François Jacob : La logique du vivant). Bref la science omnipotente qui va nous prémunir des maladies et réparer (comme on répare une machine) les déviations et les maladies génétiques et nous promet la création du surhomme. La techno-science “ pure ” et débarrassée des présupposés philosophiques et idéologiques ne s’intéresse qu’aux résultats. Elle sépare sujet et objet de connaissance. L’aventure scientifique de Pharaon et de son esclave (énergie nucléaire, bombes atomiques, manipulations génétiques hasardeuses, OGM, grands barrages destructeurs des équilibres écologiques.) nous met chaque jour devant des faits inédits dont on ne peut prévoir les conséquences. C’est ainsi que plusieurs scientifiques rebelles, insoumis et responsables, conscients des dangers que peut engendrer la machine techno-scientifique se sont exprimés contre les projets dévastateurs des tenants du tout biologique et génétique (Albert Jacquard, Pr Testart, Jean Marc Levy-Leblond, Michael Hansen, Jean Pierre Berlan, Lewontin …..). Goethe avait bien saisi la question de l’indissociabilité du sujet et de l’objet de la connaissance : “ si vous passez votre temps à reconstruire l’univers en particules en mouvements, vous-mêmes vous finissez de n’être qu’un ensemble de particules circulantes dans un monde de particules. Et si vous passez votre temps à faire courir des rats dans des labyrinthes, vous-mêmes finissez de n’être qu’un rat ”.
- Dictature souple à travers la dévalorisation de l’espace et ceci grâce aux nouvelles technologies et particulièrement les nouvelles technologies de communication. Levinas pense que la technique rompt l’enracinement et permet de voir les hommes “en dehors de la situation où ils campent ; elle nous arrache aux superstitions du lieu” comme si on pouvait apprécier et appréhender la réalité sans se situer en un milieu ou comme si le progrès technologique devait obligatoirement signifier un déracinement, un égarement et une perte des repères. Arrêtons-nous sur ce point : L’espace ne peut se réduire à son aspect brut, abstrait et total qui nous est donné mais c’est aussi l’espace créé, inventé, multiple, divers, effectif se déployant avec et par l’émergence des formes (Castoriadis). Pharaon et son esclave nous offrent à la place de cet espace le “ non-lieu ” car “ le lieu est source de superstition ”. “ L’au delà de l’esclave n’a que faire de l’être là écologique et sociologique ”. (Robert Jaulin : La paix blanche). En fait, il faut remonter aux Lumières pour tracer l’itinéraire de cette dévalorisation de l’espace. Celles-ci ont dès le début dénoncé le caractère rétrograde et archaïque des particularités locales au profit du “ Nation-Building ”. Comme disait l’autrichien Rainer Maria Rilke cité par Pierre Thuiller (La grande implosion), les grandes villes consumaient des peuples entiers dans leur tourment. C’est le mythe de la ville détachée du monde rural où règnent commerçants et marchands. Bref le modèle idéal était une ville débarrassée de toute trace de barbarie paysanne. Ces sauvages que sont les paysans sont comparés aux peuples d’autres nations qui seront par la suite colonisées par les nations “ civilisées ”. Ainsi et comme le remarquait Fernand Braudel les campagnes en occident avaient été considérées comme de vrais mondes coloniaux. Rappelons que cette tendance avait été vivement critiquée par un mouvement romantique qui voulait rétablir les lieux perdus. Le développement des grandes villes et des réseaux périurbains au dépens des petites villes et de la campagne et la prolifération d’un réseau routier basé sur les autoroutes ont marginalisé voire détruit et dévoré les autres espaces et ce au profit d’une centralité de plus en plus manifeste et renforcée. “ Dans l’exercice de son pouvoir, la ville enveloppe de ses ruses la périphérie rurale dont elle tient sa subsistance. La manipulation des circuits financiers, de l’information, des prix, l’introduction de sa technologie, machines et engrais (et pesticides) réussissent sous nos yeux le grand pari centraliste des temps modernes : déposséder l’homme de sa technique et l’évacuer du lieu de production ” (Thierry Gaudin). L’exode vers les villes, la déruralisation se sont accentuées et le trafic, le commerce et le transit l’ont finalement emporté sur le territoire. C’est la ville vorace : “ Dans le monde entier, l’homme se retire de la terre et la plupart de ceux qui y restent, endettés et mécanisés, sont mercenaires de la machine urbaine ” (Thierry Gaudin : L’écoute des silences). Riccardo Petrella a fait un constat de l’état de la ville moderne : la ville moderne se dilue dans des réseaux de flux étalés jusqu’au virtuel, habitée par des individus nomades, temporaires, intérimaires…. La mondialisation mercantile a détruit les entités spatio-temporelles que sont le village, la ville, la région, la nation, le continent voire le monde. Avec le développement du commerce international ce phénomène tend à se généraliser et même les grands centres urbains tendent à être marginalisés au profit d’un espace virtuel global. L’UNESCO prévoit la disparition de 500 millions de paysans et plus d’ici l’année 2020 et ce suite à la généralisation des OGM. Plus de local qu’on invente, recrée, reproduit, représente à chaque instant et moment et auquel on se réfère : c’est la déshumanisation de l’espace et la mort de la cité et avec elle du politique. On n’a plus le temps d’inventer, d’imaginer notre espace social. A l’ère transactionnelle le local devient identique et ubiquitaire. Rappelons avec Jean Pierre Berlan (La guerre au vivant) que depuis le XVIII ème siècle on a vécu une destruction progressive du monde paysan, du monde de la nature réservé au passé et aux “ sauvages ” (séparation des sphères de production et de distribution, séparation du paysan de ses semences désormais monopolisées par des cartels mondiaux, industrialisation à outrance de l’agriculture et abus d’engrais et de pesticides, développement de l’agriculture destinée au commerce et à l’exportation au dépens des cultures vivrières et diversifiées et enfin privatisation du vivant avec la généralisation des brevets sur les vivants et les OGM). L’exemple le plus frappant de cette destruction massive et sans égale est la disparition de milliers de semences de riz en Inde et ce suite à la “ révolution verte ” de sorte qu’il n’en reste que quelques dizaines. François Partant affirmait depuis 1982 que la terre a cessé d’assurer l’existence de la société qui l’occupe et est devenue un monde d’enrichissement pour ceux qui la possèdent. Détruire l’espace rural, bâtir des villes où règne le commerce, prévaloir l’économie monétaire, “ amputer le monde de ce qui fait sa permanence : la nature, la mer, la colline, la méditation du soir ” (Thuiller) sont autant de signes révélateurs de la dévalorisation de l’espace. Les tyrans modernes préfèrent à l’espace-lieu plein et riche en significations l’espace monde virtuel, commercial, plat, écrasé, vague, nébuleux, ambigu, obscure, maussade, insipide, oiseux, futile, stérile, lourd, abject et odieux. Cette course frénétique et démentielle vers l’inconnu, le non palpable et le vide se fait au nom de l’universel et de l’unité de l’être. Les tyrans modernes dévorent tout devant eux car ils pensent qu’en eux le futur s’anticipe. Levinas est contre le lieu “ source de superstition ” mais cela ne l’empêche pas d’affirmer que la création de l’Etat d’Israël (qui est un espace) est “ une aventure noble ”. On relève ainsi une contradiction et une antinomie dans le discours des protagonistes de la mondialisation et du village planétaire. On célèbre la fin de l’espace et du lieu en même temps qu’on délocalise les peuples et on construit à la place des villages et des villes des colonies de peuplement artificielles. On taxe les souverainistes de chauvins et de nationalistes rétrogrades et attardés et ce au nom d’un universalisme creux. On vous vole l’espace et on vous déloge et vous pourchasse et à la place on vous propose un mirage, un chimère et une illusion d’un monde à la belle étoile et débarrassé de tout repère. Cette dévalorisation du lieu, de l’espace, du local, du régional, du national et du mondial est consubstantielle avec une surévaluation du temps. Ainsi, on définit l’humanité par rapport à un temps total : L’ère post-industrielle. Comme l’a bien remarqué Serge Moscovici, ce temps ne se contente pas de se substituer à l’espace mais aussi à lui-même par une obsession du devenir de sorte que l’humanité vit un manque de devenir lequel est vécu comme un ennui douloureux. On est ainsi dans une attente perpétuelle : demain le soleil brillera, demain sera meilleur….. D’une part la techno-science a permis l’allongement de la durée de vie et de l’autre on assiste à l’extinction de milliers d’espèces d’animaux et de végétaux et on prend conscience de plus en plus des risques et des catastrophes nucléaires et écologiques (atteinte à l’écosystème, catastrophes naturelles, inondations, destruction des forêts, canicule, épidémies, épuisement des réserves d’eau potable, effondrement de la biodiversité etc ….). Perdre l’espace c’est aussi perdre le temps qui devient fugace et ennuyeux. Ce constat n’est en aucun cas une plaidoirie pour la sacralisation du lieu et du territoire laquelle engendrerait l’isolement, le retrait et l’absence d’ouverture à autrui. La “ superstition de l’espace ” à laquelle fait allusion Levinas, n’est en fait que la notre; c’est une création humaine et l’histoire de la pensée humaine, ancienne et moderne, est chargée de superstitions y compris celle du temps qui est la marque de l’idéologie régnante de notre époque. La dévalorisation de l’espace se traduit aussi dans le milieu scientifique par la séparation de la science et de la culture (Jean Marc Levy-Leblond : L’esprit de sel et Revue Alliage). La techno-science “ pure ” et débarrassée des présupposés philosophiques et idéologiques n’a pas de patrie. “ La techno-science se situe idéalement en dehors du temps et de l’espace ” (Thuiller : idem). Elle a cessé d’être une production collective prise dans un tissu serré de relations avec les autres instances de la société, objet d’enquêtes publiques, pratique matérielle autant qu’intellectuelle et donc intégrée à un espace donné.
- Dictature souple aussi par le façonnement des esprits et leur colonisation et ce grâce au gigantesque et extraordinaire complexe technique et particulièrement les nouvelles technologies de communication qui diffusent les nouveaux mythes et croyances. On nous confisque le droit à la réponse voire à la parole car nous sommes à chaque instant submergés par le flux d’informations qui nous traque et pourchasse partout où on va. Ainsi, on a vécu, la deuxième moitié du siècle dernier, une démission à l’égard de notre propre parole et une passivité marquée par l’apathie générale. L’attitude envers l’histoire qu’on a déclarée sa fin est à ce propos significative. Comme tout seigneur, Pharaon et son esclave brûlent les livres et érigent les fortifications. C’est la colonisation des imaginaires par le progrès, la science et la technique. On trace “ la voie ” et on façonne les esprits pour qu’ils y adhèrent et y croient. C’est ainsi qu’on entend de la bouche d’intellectuels des pays “ sous-développés ” des déclarations sur la nécessité d’accéder à la modernité et de participer à ce processus de changement et ce pour rejoindre ( !) le courant de la vie (Bourhan Ghalioun). En fait on nous invite à un exil dans l’inconnu et le vide.
- Dictature souple aussi grâce au commerce mondial et à la marchandisation ( Serge Latouche) du tout y compris nos gènes, nos richesses biologiques et nos organes. Aujourd’hui, l’OMC joue un rôle primordial dans la confiscation du vivant par la promulgation de droits aux brevets sur les êtres vivants (ADPIC). On pratique la bio-prospection et le bio-piratage et on vole aux peuples autochtones leurs gènes, leurs végétaux et leurs animaux qu’on manipule et on obtient ainsi des brevets permettant au manipulateur de détenir le droit irrévocable de commercialiser des produits extorqués aux peuples. Le monde est ainsi devenu une marchandise aux plus offrants.
- Dictature rigide : La “ diplomatie des réseaux ”, “ le monde occidentalisé ”, “ la société post-industrielle ”, “ la démocratie interactive ”, “ la société du savoir ”, “ le modèle démocratique américain ”, se sont avérés des mythes et les adeptes de la société technétronique ne sont plus aussi nombreux que ne le pensent Brzezinski, Toffler, Rosnay, Shannon, Drucker…. et les économistes ultra-libéraux. Les pays pauvres ne peuvent se soumettre aux règles du tout commerce dictées par l’OMC. La dictature du “ libre échange ” qui n’est en fait qu’un échange imposé détruira à la longue l’agriculture de ces pays. Les pays industrialisés exportent leurs usines polluantes et leurs déchets (toxiques, électroniques et nucléaires) à ces pays les réduisant à des poubelles de la société de consommation occidentale. Ils leur imposent de privatiser les services et les soumettre à la “ concurrence ” mondiale (Electricité, eau, santé, éducation ….) et ouvrir les frontières aux capitaux et marchandises étrangers ce qui signifie un renoncement définitif à la souveraineté. Le fiasco de la réunion de Cancun est un exemple frappant des obstacles que rencontrent les tenants du tout commercial. Les pays industrialisés protègent leur production agricole (subventions à la production et à l’exportation, barrières douanières ….) et obligent les pays pauvres à lever le soutien accordé aux agriculteurs. Il s’agit bel et bien d’une concurrence déloyale qui met l’agriculture du Tiers-Monde en danger (l’exemple du coton est à ce propos très significatif). On oblige les pays pauvres à encourager les cultures destinées à l’exportation moyennant les multiples révolutions vertes puis on met des barrières face à leur exportation. Le résultat étant la soumission totale de ces pays aux directives de l’OMC et l’exclusion et la marginalisation de toute une frange de la population. Par ailleurs et avec la promulgation des accords sur la protection de la propriété intellectuelle (ADPIC), l’OMC ouvre la voie à la bio-prospection et au bio-piratage de toute la biodiversité ( gènes, végétaux, animaux etc… sachant que 80% de cette biodiversité existe dans les pays dites “ sous-développés ” et que 75% des médicaments sont d’origine végétale). Ainsi le manipulateur d’un gène devient son propriétaire exclusif et on légalise de cette manière le vol des richesses des pays pauvres. Mais toutes ces tentatives de soumission de ces pays et ces manœuvres ont échoué (du moins partiellement) et la mondialisation dévastatrice et arrogante est obligée de recourir à d’autres méthodes pour imposer par la force ce que les câbles et les TV n’ont pu réaliser. La dictature souple doit être épaulée par une autre plus rigide car la société promise ne rencontre pas le même écho positif parmi toutes les populations du monde et il y a toujours des “ fanatiques et attardés ” qui s’y opposent. Alors viennent les méthodes les plus radicales. Après tout la techno-science “ innocente et omnipotente ” a toujours noué et entretenu des relations étroites et intimes avec le domaine militaire et les plus grands projets biotechnologiques et physiques ont été élaborés dans les laboratoires militaires et continuent de l’être.