Depuis quelques temps, la mondialisation semble devenue une mode. En effet elle est partout et envahi inlassablement l'actualité ainsi que tous les recoins de notre quotidien.
L'avènement si brusque d'un phénomène nouveau et toujours en constante mutation entraîne bien malheureusement son lot de confusions. À tel point qu'on en arrive à voir des PDG de multinationale oublier totalement leur unique responsabilité, celle qu'ils ont envers leurs actionnaires, et s'embrumer l'esprit mercantile de considérations sociales. Un spectacle des plus désolants…
Plus près de nous, l'opinion publique associe fort naïvement la mondialisation avec le libre-échange, alors que ceux qui s'y opposent, soit en élevant une voix critique ou bien en rejetant complètement l'idée sont qualifiés " d'anti-mondialisations ". Quelques précisions s'imposent.
Vous avez dit libre-échange?
Le libre-échange se caractérise par l'élimination des barrières tarifaires afin de permettre la libre circulation des biens et des marchandises. Ce concept ne semble pas maléfique outre mesure; il s'impose même, et ce pour trois raisons.
Premièrement, un échange est neutre en soi; c'est le terme de cet échange qui importe, et c'est actuellement le contexte économique capitaliste qui le qualifie. Faut-il donc s'étonner qu'un des partenaires en ressorte toujours perdant? Ensuite, l'idée même de tarifs douaniers, basées sur les frontières nationales actuelles est totalement déconnectée de la réalité. En quoi serait-il plus justifié de taxer le bois en provenance du Maine que celui de Colombie-Britannique, distante de 5000 km? Et finalement, si les échanges entre individus ont favorisés le développement, pourquoi en serait-il différent avec les nations? Quiconque s'oppose au commerce international se devrait de prôner aussi ardemment l'autarcie. Simple question de cohérence.
Cependant, les accords de libre-échanges actuels et ceux projetés ne se limitent pas à la simple libre-circulation commerciale. La nouvelle norme de ces traités consiste à permettre l'investissement étranger et à le protéger. Grâce à cette innovation, il ne suffit plus maintenant d'acheter les produits étrangers, ce sont les étrangers eux-même que l'on veux posséder! Comble de paradoxe, ces clauses aspirent même à s'appliquer aux secteurs des services publiques, de l'éducation et de la santé, secteurs d'activité purement locaux s'ils en est. Cette tendance favorisent la perte de la souveraineté économique, et menace ainsi la souveraineté politique des citoyens.
Des opposants anti-mondialisation : vraiment?
La mondialisation est loin de faire l'unanimité : chaque rencontre au sommet des grands décideurs de ce monde attire inévitablement une large foule de protestataires. Issus de différents milieux, défenseurs d'idéologies et de causes forts variés, ils sont néanmoins tous qualifiés d'anti-mondialisation. Vraiment?
La démonstration a été faite : il est rationnellement fort difficile de s'opposer au commerce ainsi qu'au libre-échange pour gérer. Or la mondialisation, entamée depuis déjà des siècles, étant basée principalement sur le commerce, on ne peut dès lors rejeter logiquement la mondialisation. CQFD
Dans le concret, les militants ne peuvent être qualifiés de protectionnistes quand ils font la promotion ardente du commerce équitable, véritable fleuron alternatif. Il y a toujours commerce, mais le terme de l'échange est plus favorable pour le producteur local. Ses revenus sont ainsi augmentés, principalement grâce à l'élimination des intermédiaires. De plus, les militants ont maintenant leur propre sommet annuel, celui de Porto-Allegre. Or il faut noter le thème sous lequel s'est déroulé le dernier : " Une autre mondialisation est possible. " Et l'une des conclusions qui revient inévitablement à chaque manifestation est " Qu'à la mondialisation des capitaux, il faut opposer la mondialisation de la solidarité. "
Il est donc totalement erroné d'associer aux opposants à la mondialisation néo-libérale l'étiquette d'anti-mondialisations, d'isolationnistes. De même que les qualifier de vulgaires protectionnistes frileux craignant la concurrence étrangère relève de la plus crasse ignorance. Il est évident qu'ils s'opposent d'avantage à l'exploitation capitaliste des pays défavorisés de même qu'à l'impérialisme économique qui marginalise leur autonomie politique.
Sans oublier que cette même réalité, bien que voilée, existe aussi dans notre propre pays...