Voline
La révolution inconnue
Russie 1917 - 1921
LIVRE DEUXIÈME
Cinquième partie : L'Etat bolcheviste
Chapitre III
Situation des paysans
Là il faut distinguer quatre périodes successives.
Tout d'abord, cherchant à gagner et à consolider les sympathies des vastes masses laborieuses et de l'armée, le gouvernement bolcheviste pratiqua vis-à-vis des paysans une politique de « laisser faire ».
Les paysans - le lecteur le sait - commencèrent à s'emparer des biens fonciers dont les propriétaires étaient soit en fuite, soit chassés, longtemps avant la Révolution d'octobre. Le gouvernement bolcheviste n'eut qu'à sanctionner cet état de choses. (Décret du 25 octobre 1917.)
« D'eux-mêmes, les soldats ont cessé la guerre, tandis que les paysans se sont emparés des terres et les ouvriers, des usines », constate P. Milioukov, historien et écrivain russe bien connu, ex-ministre du premier gouvernement provisoire : « Lénine n'eut qu'à sanctionner le fait accompli pour s'assurer les sympathies des soldats, des paysans et des ouvriers ».(P. Milioukov, Histoire de Russie, vol. III, p. 1274.) Il y a beaucoup de vrai dans cette affirmation du leader bourgeois, bien qu'il eût tort de ne tenir aucun compte de l'influence de la propagande et de l'activité des révolutionnaires. Avec cette réserve, son témoignage est particulièrement intéressant. Milioukov fut toujours fin observateur et connaisseur de la vie russe. Il détenait un poste lui permettant une bonne information. Enfin, il n'avait aucune raison de diminuer le rôle des bolcheviks, au contraire... (Remarquons en passant que ce témoignage est fort suggestif, non seulement par rapport au problème paysan et ouvrier lors d'une révolution, mais aussi en ce qui concerne le problème de la guerre.)
Avis à tous ceux qui, intentionnellement ou par ignorance, prétendent que la Révolution fut accomplie non pas par les masses, mais par les bolcheviks. C'est un point à souligner. Dans le fond, la Révolution d'octobre, de même que celle de février, fut réalisée et gagnée par les masses, bien entendu avec l'aide et le soutien des révolutionnaires de toutes tendances. Les masses étaient prêtes à la nouvelle Révolution ; elles la réalisaient de jour en jour, partout sur place. C'est ce qui importe ; c'est ce qui signifie « accomplir la révolution ». Quant aux bolcheviks, ils accomplirent un acte purement politique en s'emparant du pouvoir qui devait tomber fatalement au cours de cette Révolution populaire en marche. Par leur geste politique les bolcheviks arrêtèrent la véritable Révolution et déterminèrent sa déviation(1).
Cette constatation confirme, entre autres, la thèse fondamentale des anarchistes. Ceux-ci affirment, en effet, que lorsque les conditions nécessaires et favorables sont remplies, les masses sont parfaitement capables d'accomplir la Révolution elles-mêmes, avec l'aide et le concours des révolutionnaires. Ils ajoutent - et c'est ce qui est essentiel dans leur point de vue - qu'au lendemain de la victoire, la Révolution devrait suivre le même chemin : action libre des masses, soutenue par l'action libre des révolutionnaires de toutes tendances, sans qu'un parti politique, en éliminant les autres, s'installe au pouvoir, impose sa dictature et monopolise la Révolution.
Donc, au début - première période - Lénine ne toucha pas aux paysans. C'est pour cette raison, entre autres, que ceux-ci le soutinrent, lui laissant ainsi le temps nécessaire pour consolider son Pouvoir et son Etat. A cette époque, on disait même - surtout à l'étranger - que les paysans étaient ceux qui gagneraient le plus à la Révolution russe, et que les bolcheviks, en dépit de leur doctrine marxiste seraient obligés de s'appuyer, en fin de compte, non pas sur la classe ouvrière mais sur la classe paysanne.
Or, plus tard - deuxième période - au fur et à mesure que l'Etat s'affermissait et que, d'autre part, les villes leurs provisions épuisées, tournaient leur regard vers la campagne, Lénine commença à refermer de plus en plus le cercle autour des paysans.
Si les ouvriers des villes et des régions industrielles avaient eu, par le canal de leurs organisations indépendantes et agissantes, la liberté d'action et d'initiative, ils auraient certainement établi un contact économique direct et fécond avec les paysans pour la production, les échanges, etc. On peut être sûr qu'un tel contact entre les producteurs et les consommateurs libres des villes et de la campagne aurait abouti à des ententes et, finalement, à une solution pratique et heureuse de ce problème capital de la Révolution Sociale : celui des rapports entre les deux classes de travailleurs, entre les deux branches essentielles de l'économie nationale.
Mais, voilà ! Les ouvriers et leurs organisations n'avaient aucune liberté d'action, aucune initiative. Les paysans non plus. Tout se trouvait concentré entre les mains de l'Etat, du gouvernement. Lui seul pouvait agir, entreprendre, résoudre.
Dans ces conditions, et naturellement, tout le monde attendait ses décisions.
Les paysans qui, sur des suggestions et propositions directes des ouvriers, auraient certainement fait de leur propre initiative, depuis longtemps et d'une façon naturelle, spontanée et simple, le nécessaire auprès des villes, les paysans ne bougeaient pas, tant que le gouvernement - il était là pour cela ! - ne faisait pas connaître ses intentions.
Par sa présence et ses fonctions mêmes, un gouvernement s'interpose entre les deux couches de travailleurs et les sépare. Automatiquement il les empêche de s'aboucher puisqu'il se charge d'intervenir auprès des deux en intermédiaire, en arbitre.
Or, lorsqu'elles émanent d'un gouvernement, les « dispositions » n'ont rien des relations directes de travailleurs à travailleurs. Par leur nature même, elles ne peuvent être autres que des prescriptions, des commandements, des ordres.
Donc, Lénine intervint. Naturellement, en tant que dictateur marxiste, il ne comprenait rien à la véritable situation. Il expliquait l'attitude indifférente des paysans, non pas comme une conséquence fatale de l'application du faux principe gouvernemental, mais comme une manifestation de leur « égoïsme », de leur « mentalité petite-bourgeoise », de leur « hostilité à l'égard des villes », etc.
Il agit et sévit. Par une série de décrets et d'ordonnances, il somma les paysans de remettre la plus grande partie de leur récolte à l'Etat. Cette sommation fut appuyée par la force armée et policière. Ce fut la période des réquisitions, des impôts en nature, des « expéditions armées », bref, du « communisme de guerre ». La violence militaire s'abattit sur les paysans pour leur soustraire tout ce dont 1' « Etat » avait besoin.
On défendit aux paysans de vendre leurs produits. On établit, sur les chemins de fer, sur les routes et autour des villes, des « barrages » pour empêcher cette vente qualifiée de « spéculation ». Des milliers de paysans et d'autres « citoyens » furent arrêtés et une partie fusillés pour avoir enfreint ces mesures. Inutile de dire qu'on ramassait surtout les pauvres bougres qui portaient en ville un quelconque sac de farine à seule fin d'avoir quelques sous permettant d'augmenter leur subsistance quotidienne, ou encore des paysans qui cherchaient uniquement à venir en aide à leurs parents ou amis affamés. Les vrais spéculateurs en gros « forçaient » les barrages aisément à coups de pots-de-vin. Une fois de plus, dans le système étatiste, la réalité se moquait de la « théorie ».
Bientôt, cette politique aboutit à des troubles sérieux. Les paysans opposèrent à la violence une résistance farouche. Ils cachaient leur blé ; ils réduisaient la surface d'ensemencement aux proportions strictement nécessaires pour satisfaire leurs besoins personnels ; ils tuaient leur bétail, ils sabotaient le travail, ils se dressaient çà et là contre les perquisitions et les réquisitions, ils assassinaient de plus en plus souvent les « commissaires » chargés de ces opérations.
Les villes se trouvèrent sous la menace d'être affamées, et aucune amélioration ne put être envisagée. Les ouvriers, subissant de dures privations, comprenant de mieux en mieux les véritables raisons de cette faillite et cherchant à redresser la Révolution, commencèrent à s'émouvoir sérieusement. Une partie de l'armée se montra assez disposée à soutenir ce mouvement des masses. (C'est ainsi que se produisit, en mars 1921, le grand soulèvement de Cronstadt dont nous nous occuperons dans la dernière partie de notre ouvrage.) La situation devenait critique.
Ne croyant pas son Etat, c'est-à-dire l'ensemble des forces d'appui et de coercition, assez consolidé pour réussir à imposer, coûte que coûte, sa volonté au pays, Lénine recula. Aussitôt après la « victoire » de Trotsky sur Cronstadt, il proclama la fameuse NEP : « la nouvelle politique économique ».
La NEP forme la troisième période de l'évolution du problème agraire.
Elle ne fut « nouvelle » que par rapport à l'impitoyable rigueur et aux mesures militaires de la veille. Ce fut, tout simplement, une certaine détente. On allégea un peu la pression pour contenter les ventres et apaiser les esprits.
« La nouvelle politique » octroya aux paysans une certaine liberté de disposer du produit de leur travail : notamment d'en vendre une partie librement, au marché. Les barrages furent supprimés. Le petit commerce bénéficia de quelques « libéralités ». La propriété individuelle recouvra quelques droits.
Mais, pour mille raisons, la NEP ne changea pas grand'chose. Elle ne constituait pas une solution. Ce fut une demi-mesure, vague et douteuse. Certes, elle rasséréna un peu l'atmosphère. Mais elle créa, en même temps, une sorte de flottement et de désorganisation. Elle aboutit rapidement à des confusions et à des contradictions lourdes de conséquences, aussi bien dans le domaine économique que dans la vie du pays en général.
D'autre part, la situation équivoque et instable qu'elle avait créée représentait un certain danger pour la sécurité du gouvernement. Ayant fait des concessions, celui-ci avouait une certaine faiblesse. Cet aveu indirect éveilla des espoirs dans les milieux bourgeois. Il donna une impulsion nouvelle à des forces et à des éléments dont l'esprit et l'activité pouvaient devenir vite séditieux et même dangereux pour le régime. Ceci d'autant plus que les sympathies des masses pour le bolchevisme s'étaient fortement émoussées depuis 1917, ce que le gouvernement n'ignorait pas. Le réveil éventuel des appétits bourgeois chez certains éléments de la paysannerie paraissait particulièrement redoutable.
Les membres du parti et les couches privilégiées en général, déjà formées dans ce nouvel Etat et assez influentes eurent peur. On insista auprès du gouvernement sur là nécessité d'en finir avec la « pause de la NEP » et de revenir au régime de l'Etat-patron, de l'Etat-poigne.
Pour toutes ces raisons Staline, qui remplaça Lénine mort en 1924, se vit obligé de choisir entre deux solutions : ou bien élargir encore la NEP, ce qui signifiait, en dépit de la possession des « leviers de commande », ouvrir les portes à la restauration économique, et peut-être, politique du régime du capitalisme privé ; ou bien revenir à l'étatisme intégral, au régime totalitaire, et reprendre l'offensive à l'Etat contre les paysans.
Tout pesé, sûr de la puissance acquise et de la maîtrise de l'Etat, assuré du soutien actif des couches privilégiées ainsi que de l'appui d'une bonne partie de l'armée, définitivement assujettie, et de toutes les forces coercitives de « son appareil », Staline finit par opter pour la deuxième décision. Il procéda, à partir de 1928, à l'étatisation totale de l'agriculture : étatisation appelée « collectivisation » et représentant la quatrième période de l'évolution du problème paysan.
Par la force des armes, par la terreur qui prit bientôt des formes et des proportions inouïes, l'Etat se mit à enlever au paysan resté propriétaire son lopin de terre, même moyen, même petit. Il entra ainsi en possession effective et complète du sol.
Avant cette opération, il fallait distinguer en U.R.S.S. :
1° Les « sovkhoz » (abrégé du nom russe) : « possessions soviétiques », exploitées directement par l'Etat ;
2° Les « kolkhoz » : « possessions collectives », exploitées en commun par les paysans y adhérant et travaillant sous la direction et sous le contrôle de l'Etat ;
3° Les cultivateurs individuels, à l'époque sortes de fermiers de l'Etat, redevables vis-à-vis de celui-ci, comme les « kolkhoz » d'une partie plus ou moins importante de leurs produits.
Cette distinction disparut à la « collectivisation ». L'agriculture tout entière devint désormais entreprise directe de l'Etat, propriétaire effectif du sol. Tout « chantier agricole » prit le nom de « kolkhoz » ;
Tout paysan fut obligé par force d'entrer dans un « kolkhoz ». Son lopin de terre et ses biens furent confisqués. Et, soulignons-le, il s'agissait non ,seulement des paysans plus ou moins aisés, mais aussi des millions de cultivateurs pauvres, ayant juste de quoi se nourrir, n'employait pas de main-d'œuvre et ne disposant que du strict nécessaire pour leur travail individuel.
Depuis cette époque, tout paysan en U.R.S.S. est obligatoirement attaché à un « kolkhoz », comme l'ouvrier à une usine. L'Etat l'a transformé, non seulement en son fermier, mais en son serf et l'a contraint à travailler pour ce nouveau maître. Et, comme tout vrai maître, il ne lui laisse, sur le produit de son travail, que le minimum indispensable pour vivre : le reste, la plus grosse part, est mise à la disposition du gouvernement. Et, comme tout vrai maître, celui-ci en dispose à son gré, sans que le paysan en ait la moindre notion. Certes, ce reste ne va pas enrichir les capitalistes, mais il y a d'autres couches à engraisser en U.R.S.S.
Théoriquement, l'Etat « achète » aux « kolkhoz » leurs produits. C'est surtout sous cette forme qu'il rémunère le travail des paysans. Mais, propriétaire et acheteur unique, il paie pour ces produits un prix dérisoire. Cette rémunération n'est qu'une nouvelle forme d'exploitation des masses paysannes par l'Etat capitaliste.
Pour le comprendre, il suffit de constater que, d'après les données de la presse « soviétique », l'Etat réalisa en 1936 un bénéfice net de près de 25 millions de roubles par la revente des produits achetés aux « kolkhoz ». Ou encore : en 1937, les « kolkhosiens » ne touchèrent que près de 50 pour 100 de la valeur réelle des produits de leur labeur. Le reste fut retenu comme impôts frais d'administration, retenues diverses, etc.
La quasi-totalité de la population paysanne de l'U.R.S.S. se retrouve aujourd'hui dans un état de servage. Cette organisation agricole rappelle les fameuses « colonies militaires » d'Araktchéieff, du temps du tzar Alexandre 1er. En fait, l'agriculture « soviétique » est « mécanisée », « bureaucratisée », « militarisée ».
Pour arriver à ces fins, Staline dut recourir vis-à-vis des paysans à de terribles mesures de violence. En maints endroits la campagne n'accepta pas de bonne grâce les réformes annoncées : elle se cabra. Staline s'y attendait. Il n'hésita pas. Des millions de paysans furent emprisonnés, déportés ou fusillés à la moindre résistance. Des détachements de « troupes spéciales » - sorte de garde mobile ou de corps de gendarmerie et de police militarisée - remplirent surtout cette besogne. Au cours de ces « expéditions », nombre de villages récalcitrants ou rebelles furent brûlés et fauchés par l'artillerie et les mitrailleuses.
De plus, au cours de tous ces bouleversements, plusieurs famines dévastèrent des régions entières et emportèrent d'autres millions de victimes.
Finalement, « force resta à la loi ». Il n'y a pas lieu de s'en étonner, ni de « rester sceptique » vis-à-vis de nos affirmations. Nous savons par d'autres exemples, tels que ceux du fascisme et de l'hitlérisme, à quel point un régime autoritaire, armé de tous les moyens modernes, peut subjuguer les masses et leur imposer sa volonté, en dépit de toutes les résistances et de tous les obstacles, tant que la police et l'armée lui obéissent.
D'aucuns diront que le gouvernement bolcheviste n'avait pas d'autres moyens pour sauvegarder son régime, pour sauver le pays de la famine permanente et d'autres désastres pires que le remède, pour « faire progresser l'agriculture » , pour « assurer la marche vers le socialisme ».
Nous sommes d'accord, sauf sur les buts.
Oui, le procédé étatiste, gouvernemental, n'a pas d'autres moyens d'action que ceux-là. Mais c'est, précisément, la preuve irréfutable que sa doctrine est erronée et que la situation créée est sans issue. Car, par ces moyens, jamais le socialisme ne sera réalisé.
Ce système peut « assurer » la marche, non « vers le socialisme », mais vers un capitalisme d'Etat, plus abominable encore que le capitalisme privé. Ce système n'est donc nullement un état « de transition », comme on veut souvent nous le faire croire : il est tout simplement un autre mode de domination et d'exploitation. On sera obligé de le combattre comme on a combattu - ou comme on combat aujourd'hui - d'autres systèmes à base de domination et d'exploitation.
Quant au « progrès de l'agriculture », nous sommes persuadés que la vraie collectivisation progressive de cette branche - comme de toute l'économie - sera réalisée par des forces qui n'auront rien de commun avec celles de la dictature politique étatiste.
Nous avons dit que depuis un moment le problème agraire se compliquait sérieusement en U.R.S.S. La masse paysanne menant une lutte, sourde mais efficace, contre l'Etat-patron et sabotant le travail des « kolkhoz », le rendement de l'agriculture commença à baisser catastrophiquement. Afin de stimuler les kolkhosiens et pour les réconcilier avec le système, on les autorisa alors à posséder, au sein même du « kolkhoz », une certaine propriété individuelle, d'ailleurs très restreinte : un peu de terre, quelque bétail, quelque outillage. On permit au kolkhosien de travailler un peu pour lui-même.
Le résultat fatal de cette mesure ne tarda pas à se faire sentir : la lutte entre le paysan et l'Etat se cristallisa bientôt autour de ce « secteur privé » (« autour de la vache », dit-on dans le pays).
Depuis ce temps, les paysans tendent opiniâtrement à augmenter leur « propriété », leurs droits et leur travail personnel au détriment du kolkhoz.
Quant à l'Etat, il s'oppose, naturellement, à cette tendance. Mais, d'autre part, il se voit obligé de ménager autant que possible le « secteur individuel » dont le rendement est supérieur à celui du kolkhoz et contribue fortement à la prospérité de l'Etat.
Actuellement, cette lutte et ces hésitations constituent le point névralgique du problème agraire en U.R.S.S. Il n'est pas impossible que le pays se trouve à la veille d'une nouvelle et cinquième période dans son évolution agricole.
Notons, toutefois, que ces détails et les autres ne changent rien au tableau général que nous venons de peindre.
1. Les bolcheviks prétendent que s'ils n'avaient pas pris le pouvoir, la contre-révolution aurait repris le dessus et la Révolution aurait été abattue. Cette affirmation est gratuite. Les bolcheviks ont pu se saisir du pouvoir parce que les vastes masses étaient pour la Révolution. Les « masses » ce sont surtout les ouvriers, les paysans, les soldats. Les ouvriers prenant les usines, les paysans s'emparant des terres, les révolutionnaires aidant les uns et les autres, et les soldats étant partisans de la Révolution, quelle serait la force qui, sans industrie, sans fonds, sans aide et sans armée, aurait pu arrêter celle-ci ? L'étranger ? Qui sait quelles auraient été la situation et l'attitude des autres pays si la Révolution russe avait pris le chemin préconisé par les anarchistes ? Qui sait quelles en auraient été les conséquences ? A ce moment-là, il fallait débattre publiquement les deux thèses Les bolcheviks préférèrent étouffer l'autre. Le monde en subit les conséquences depuis un quart de siècle. Retour