Collision entre un sous-marin et un navire américains en mer d'Oman
La "globalisation", un système "totalitaire"
( 21 janvier 2002 ) - (AFP) Le site Internet du révisionniste d'origine allemande Ernst Zundel est "illégal", a jugé le Tribunal canadien des Droits de la Personne, rendant "une décision fondamentale dans la toute première plainte" portant "sur un site Internet de propagande haineuse".
"Nous savons maintenant qu'Internet n'échappe pas aux lois et que ce réseau ne peut pas servir à promouvoir la haine", souligne dans un communiqué, parvenu samedi à l'AFP, Michelle Falardeau-Ramsay, présidente de la Commission canadienne des Droits de la Personne.
"Cette décision est d'autant plus importante qu'elle survient dans la foulée des tensions auxquelles ont donné lieu les attentats terroristes de septembre dernier" contre les États-Unis, poursuit-elle, estimant que "la propagande et les messages haineux n'ont pas leur place dans la société canadienne".
Les messages véhiculés sur ce site (http://www.zundelsite.org/), "à cause du ton utilisé et de leur teneur, dénotent une telle malveillance dans la façon dont les juifs sont dépeints que nous les considérons comme des messages haineux au sens de la loi", juge le tribunal dans ses attendus, rejetant tout appel à la liberté d'expression.
En 1996, la Commission canadienne des Droits de la Personne avait été saisie de deux plaintes contre ce site, l'une émanant de la ville de Toronto et l'autre d'une particulière, Sabina Citron.
La Commission avait décidé de soumettre ces plaintes au tribunal de manière à ce qu'il établisse une jurisprudence en ce domaine. Cette Commission et le tribunal sont des émanations gouvernementales chargées de promouvoir et de faire respecter la loi canadienne sur les droits de la personne.
Selon Catherine Barratt, porte-parole de la Commission, Ernst Zundel, aujourd'hui installé aux États-Unis, a trente jours pour faire appel auprès de la Cour Fédérale.
À l'issue de ce délai, il devra avoir cessé toute propagande, sous peine de poursuites. En décembre 2000, la Cour Suprême du Canada avait refusé d'entendre de nombreux recours présentés par Ernst Zundel, notamment contre un tribunal qui lui avait refusé sa demande de citoyenneté canadienne.
Cette décision faisait suite à un rapport du ministère canadien de l'immigration considérant M. Zundel comme une menace pour la sécurité du Canada, où il vivait depuis 1958 avec un statut de résident permanent.
M. Zundel, 62 ans, est considéré par l'association juive B'nai Brith comme l'un des plus importants éditeurs mondiaux de matériel antisémite et néo-nazi.
© 2002 AFP
DÉCLARATION PUBLIQUE
Dans un appel public adressé ce jour (vendredi 18 janvier 2002) à la direction du Parti communiste népalais (PCN) maoïste, Amnistie internationale a condamné dans les termes les plus énergiques les récents meurtres apparentés à des exécutions et les mutilations dont ont été victimes de très nombreux enseignants, parmi lesquels un membre de l'organisation de défense des droits humains.
D'après les informations recueillies, Muktinath Adhikari a été enlevé par des maoïstes le 16 janvier, alors qu'il donnait un cours dans un établissement d'enseignement secondaire à Duradanda, dans le district de Lamjung. Quatre maoïstes lui ont lié les mains derrière le dos, et l'ont emmené à environ 200 mètres de l'établissement. Là, ils l'ont attaché à un arbre et lui ont tiré dans le ventre. Il est mort sur le coup. Muktinath Adhikari était le coordonnateur du groupe local d'Amnistie internationale dans le district de Lamjung et le directeur suppléant de cet établissement d'enseignement secondaire. Certains pensent qu'il a été tué parce qu'il appartenait à la Nepal National Teachers' Association (Association nationale des enseignants du Népal), qui est affiliée au parti au pouvoir, le Parti du Congrès népalais. Il avait apparemment refusé de faire les " dons " exigés par les maoïstes et avait reçu des menaces.
Harka Raj Rai, directeur de l'établissement d'enseignement secondaire de Sisapani, au village de Kaule, dans le district de Khotang, a été enlevé le 16 janvier 2002 par des membres du Front de libération de Khumbuvan, groupe affilié au PCN maoïste. Il a été abattu plus tard dans la journée.
Vingt-huit enseignants ont été délibérément tués par les maoïstes, dont neuf depuis que l'état d'urgence a été décrété au Népal fin novembre 2001, et des dizaines d'autres ont été mutilés. Le 12 janvier 2002, des maoïstes ont tué trois personnes, parmi lesquelles Top Bahadur Subba, enseignant dans un village du district de Terhathum. Dans la soirée du 11 janvier, Tak Bahadur Patangwa, professeur à l'établissement d'enseignement secondaire de Janta, dans le district de Taplejung, a été tué en compagnie de trois autres personnes, apparemment par un groupe d'environ 35 maoïstes qui s'étaient introduits dans la maison où ils dormaient. Le 6 janvier, des maoïstes sont entrés chez Rameshwor Pokharel, directeur de l'établissement d'enseignement secondaire de Sharada, à Khoplang, dans le district de Gorkha, et l'ont attaqué. Des proches de la victime ont indiqué que les rebelles lui avaient cassé la jambe avec un marteau. Shiva Prasad Adhikari, vingt-huit ans, professeur dans l'établissement d'enseignement secondaire de Mancha Kanya, au village d'Hansapur, dans le district de Gorkha, a été sauvagement agressé dans cet établissement. Il est mort alors qu'il recevait des soins au centre de santé de Bhacchek le 17 décembre. Le 23 décembre, des maoïstes ont coupé la main à Khem Bahadur Rana, directeur de l'établissement d'enseignement secondaire de Bahakot, dans le district de Syangja.
Complément d'information
Depuis que les pourparlers de paix entre le gouvernement et les maoïstes, ainsi que le cessez-le-feu instauré parallèlement à ces négociations, ont été rompus et que l'état d'urgence a été décrété le 26 novembre 2001, Amnistie internationale est de plus de plus préoccupée par la dégradation de la situation des droits humains au Népal, où sont signalés en nombre croissant des atteintes aux droits fondamentaux commises par l'armée, la police et les maoïstes.
Amnistie internationale a appelé de manière répétée les dirigeants de l'opposition maoïste à respecter les principes élémentaires du droit humanitaire tels que ceux consacrés par l'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949. Cet article prohibe notamment à l'égard des personnes qui ne participent pas directement aux hostilités - y compris les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par maladie, blessure, détention, ou pour toute autre cause - les atteintes portées à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices, ainsi que les prises d'otages. Cette interdiction s'impose à la fois aux États et aux groupes armés d'opposition.
Après plus de six années de " guerre populaire ", l'insurrection a affecté la vie des habitants de la quasi-totalité des 75 districts qui composent le pays. Dans plus de 60 d'entre eux, des personnes sont mortes dans le cadre de la " guerre populaire ". Outre les opérations armées lancées contre les forces régulières, la police et des objectifs socioéconomiques, le PCN maoïste a tué de manière délibérée un nombre considérable de civils - estimé à 400 - considérés comme des " ennemis de la révolution ", notamment des informateurs présumés. Dans bien des cas, les victimes étaient des sympathisants ou des membres du Parti du Congrès népalais, mais des adhérents d'autres formations politiques ont aussi été tués. Les maoïstes se sont également rendus coupables d'homicides s'apparentant à des exécutions sur la personne de policiers qui avaient été blessés ou faits prisonniers, ou qui s'étaient rendus. En outre, de février 1996 à fin juillet 2001, ils ont pris en otages environ 500 individus, torturé de très nombreuses personnes retenues captives, et infligé des peines cruelles, inhumaines ou dégradantes, appliquant notamment la " peine de mort " à 25 personnes, selon certaines estimations. L'opposition armée a également enrôlé des enfants en tant que combattants. Ces atteintes aux droits humains se sont poursuivies tout au long de la période de cessez-le-feu et après la reprise du conflit, quoique dans des proportions plus limitées au départ.
En décembre 2000, la branche étudiante du mouvement maoïste a appelé à une fermeture d'une semaine de tous les établissements d'enseignement, pour protester contre la pratique consistant à chanter l'hymne national (parce qu'il glorifie le roi) et contre l'enseignement du sanskrit (parce qu'il désavantage les enfants issus des minorités ethniques). Elle a également mené campagne pour la fermeture de toutes les écoles privées et donné pour instructions aux enfants de fréquenter les établissements d'enseignement publics. Selon des informations non confirmées, Harka Raj Rai (dont le cas a été évoqué plus haut) a été tué parce qu'il continuait à enseigner le sanskrit alors que le Front de libération de Khumbuvan lui avait ordonné d'y renoncer.
Selon des sources officielles, depuis l'instauration de l'état d'urgence, plus de 350 maoïstes ont été tués par l'armée et la police. Amnistie internationale a appelé le Premier ministre à veiller au respect du droit à la vie. Elle craint que ne figurent parmi ces victimes un grand nombre de civils et de maoïstes que les forces de sécurité ont délibérément tués plutôt que de les faire prisonniers. Selon la version officielle des faits, ces personnes ont été " tuées dans des échanges de tirs ", " abattues alors qu'elles tentaient de s'échapper " ou " abattues tandis qu'elles s'enfuyaient ".
Index AI : ASA 31/010/02
La décision du groupe CanWest Global d'imposer aux quotidiens les plus importants de la chaîne Southam, dont The Gazette, la publication hebdomadaire de quelques éditoriaux identiques constitue un cas type. On ne peut trouver en effet meilleur exemple pour illustrer les conséquences de la concentration des médias et les effets négatifs qu'elle peut entraîner pour la diversité d'opinion et d'information et la vitalité du débat démocratique. Là où 13 des quotidiens les plus influents du Canada pouvaient auparavant commenter à leur guise l'actualité nationale, désormais, le même texte, choisi par la direction de la chaîne à Winnipeg, est publié partout. Une seule opinion plutôt que 13. La même à Vancouver, Calgary, Halifax, Ottawa ou Montréal.
Les directives venues de Winnipeg sont plus larges encore et touchent à divers aspects de l'information. Dans plusieurs dossiers, les différents journaux de la chaîne doivent se conformer à la ligne définie par le " Comité central ". On peut comprendre le dépit des journalistes de The Gazette qui voient voler en éclats une longue tradition d'autonomie. Mais les journalistes n'ont guère le choix. Ils doivent se soumettre ou partir, comme le leur a suggéré David Asper, l'un des membres de la famille qui contrôle CanWest. Partir. Mais pour aller où, quand la majorité des grands journaux du pays appartiennent à CanWest.
CanWest Global est, avec Bell Globemedia, Quebecor et quelques autres géants - bien fragiles, faut-il toutefois ajouter - l'un des empires de presse qui détiennent aujourd'hui la presque totalité des médias du Canada. CanWest est propriétaire au Canada (le groupe est aussi présent en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Irlande) du National Post, des 26 autres quotidiens du groupe Southam, de plus de 100 journaux hebdomadaires ou mensuels, de sites Web, et de 19 stations de télévision dont 11 font partie du réseau Global qui rejoint près de 90 % de la population canadienne. CanWest Global possède un quotidien important et une station de télévision dans au moins 10 grandes villes canadiennes dont Montréal. Son armada jouit d'une force de frappe considérable si le groupe décide d'orienter l'information dans le sens de ses intérêts politiques ou financiers.
Cela n'a pas empêché le CRTC, qui semble considérer la concentration comme une fatalité, de renouveler l'an dernier ses licences de télévision pour les sept prochaines années. À l'échelle du Québec, le groupe Quebecor est devenu tout aussi dominant grâce à l'appui du bras financier de l'État, la Caisse de dépôt et de placement.
Depuis 30 ans, malgré des mises en garde répétées, l'incurie des gouvernements successifs - quand ce n'est pas leur enthousiasme ! - a permis que se constituent au Canada et au Québec des empires dont l'affaire CanWest montre que les dangers qu'ils représentent ne sont pas que théoriques. Il aurait fallu définir des règles claires permettant de baliser la propriété des médias et interdire les transactions dépassant la mesure. Mais cela demandait un courage politique que l'on n'a pas eu. Aujourd'hui, l'engouement récent pour la " convergence " l'ayant accéléré, le mouvement de concentration est pour ainsi dire complété. Il est un peu tard pour intervenir. L'État n'a qu'à faire son mea culpa.
L'affaire CanWest repose une fois encore une question centrale. À qui appartient la liberté de la presse ? Il y a plus de 50 ans, alors qu'apparaissaient aux États-Unis les premiers signes d'une concentration qui allait vite s'accroître, la Commission on Freedom of the Press (mieux connue sous le nom de son président Hutchins) s'en inquiétait et élaborait sa théorie de la responsabilité sociale des médias qui fait toujours école. Les médias détiennent la liberté de la presse, écrivait la Commission, in trust, pour l'ensemble de la population. À Québec, la Commission de la culture de l'Assemblée nationale a repris cette idée dans son rapport de novembre dernier sur la concentration en parlant du rôle de " fiduciaire " des médias. L'interprétation libérale classique selon laquelle le propriétaire d'un journal peut en orienter le contenu comme il l'entend pouvait se tenir à l'époque des journaux indépendants, mais on a compris depuis longtemps qu'elle n'avait plus de sens dans un monde dominé par quelques géants. Au Canada, la Commission Kent sur les quotidiens écrivait en 1981 que la liberté de la presse n'était pas l'apanage des propriétaires des médias, mais bien un droit du peuple.
La famille Asper semble avoir une autre conception, qu'on croyait révolue, de la liberté de la presse. " On veut faire croire aux Canadiens, disait David Asper en décembre, que leur liberté d'expression serait plus grande que la mienne du fait que j'appartiens au groupe qui est propriétaire du journal. " Pas plus grande, mais pas moins non plus ! La liberté d'expression doit être la même pour tous.
Sur qui faut-il compter pour assurer la liberté de la presse ? Sur des propriétaires responsables ? Comme on le constate, ils ne le sont pas toujours. Sur un État avisé ? Sa marge de manœuvre est ténue. Ses interventions peuvent être tout à fait légitimes lorsqu'elles portent sur la structure de propriété des médias, mais l'État s'avance en terrain miné quand il s'intéresse de trop près aux contenus. L'État doit se garder de mettre son nez dans les affaires internes des médias, serait-ce pour assurer la diversité. La proposition des députés ministériels de la Commission de la culture de créer un Conseil de la diversité de l'information qui relèverait, peut-on comprendre, de l'Assemblée nationale illustre bien ce que l'État doit éviter. Les effets souvent pervers des bonnes intentions sont bien connus. Faut-il plutôt compter sur des journalistes vigilants ? Au Québec, ce sont eux qui gardent vivant le débat public sur la concentration des médias. Ils ont négocié des conventions collectives (dans le cas du groupe Gesca par exemple) qui, bien qu'elles aient été récemment assouplies, empêchent l'échange de textes éditoriaux et reconnaissent l'autonomie rédactionnelle de chacun des journaux du groupe. Les journalistes se sont aussi faits, depuis plus de 30 ans, les promoteurs et les défenseurs du droit du public à l'information. Mais ils n'ont jamais défini ce concept qui fait parfois figure d'incantation et que reprend à son compte la Commission parlementaire de la culture, sans le définir davantage, dans un rapport aux allures de " catalogue " qui propose une série de mesures disparates qui ne s'appuient sur aucune armature intellectuelle, sinon un " énoncé de principes " qui tient en un peu plus d'une page.
Qu'est-ce que le droit du public à l'information ? Comment s'accorde-t-il avec la liberté de la presse ? Le droit à quelle information ? Celle dont chaque citoyen a besoin, a-t-on coutume de dire, pour participer de façon éclairée aux affaires de la cité. Mais encore ? S'agit-il des nouvelles du jour, d'analyses ou de grandes enquêtes ? Parle-t-on des nouvelles politiques ou, de façon plus large, d'information économique, culturelle, scientifique, etc. ? De quelle diversité d'information parle-t-on ? Celle de sujets traités, de leur provenance ? À quoi au juste le citoyen a-t-il droit ? Le seul droit de recevoir des informations ou aussi celui d'en transmettre ? Bref, qu'est-ce qu'une démocratie doit attendre de ses médias ? Ce n'est qu'après avoir répondu à cette question qui englobe toutes les autres qu'on pourra dire, à l'analyse, si les médias jouent leur rôle dans la vie démocratique ou si la concentration de la propriété, ou d'autres facteurs, y font obstacle.
Une idée de la démocratie
Plus encore. Comme l'explique le juriste américain, Edwin Baker, dans un ouvrage à lire publié il y a quelques semaines (Media, Markets and Democracy, Cambridge University Press), la conception que l'on se fait du rôle du journalisme et des médias varie selon l'idée que l'on a de la démocratie. Baker distingue deux types principaux de démocratie, l'une plus " élitiste ", l'autre " de participation ". Il explique que le New York Times, l'incarnation même du quotidien " socialement responsable " et du journalisme de qualité pour les uns, apparaît à d'autres comme un apologiste outrageusement biaisé des élites. De la même manière, La Presse, quels que soient les efforts qu'elle fasse pour tendre vers un journalisme de qualité, gardera toujours l'image du quotidien de l'ordre établi pour ceux qui plaident en faveur d'une conception plus ouverte de la démocratie et se reconnaissent davantage dans les pages des journaux alternatifs ou adoptent le Wseb, où s'invente ,dans l'interactivité, une nouvelle manière d'alimenter les débats de société.
Il faut situer la réflexion sur les médias dans un cadre qui dépasse le strict problème de la concentration et concevoir l'information comme un système plus large dont les diverses parties (médias publics, privés, communautaires, alternatifs, etc.) répondent à des objectifs différents et permettent à l'ensemble de satisfaire les besoins multiples d'une démocratie de plus en plus complexe.
Il est devenu difficile de faire croire aux citoyens que Quebecor, CanWest Global ou les autres sont les agents privilégiés de la vie démocratique. Ils y contribuent bien sûr, mais empêtrés qu'ils sont dans leurs affaires de " convergence " et de " synergie ", ils ont bien d'autres soucis, dont celui d'échapper au démantèlement annoncé que laissent présager les difficultés financières de certains empires. Faut-il déjà penser à l'après-convergence ? C'est une autre histoire.
Le Forum social mondial, où plus de 40 000 participants réfléchiront à compter de la semaine prochaine à des solutions à la mondialisation néolibérale, pourrait bien dès 2004 se dérouler à Québec.
Le maire de la Ville, Jean-Paul L'Allier, a proposé en effet sa ville comme hôtesse de cet événement, a expliqué hier Marcela Escribano, du groupe Alternatives.
L'an prochain, le Forum, qui en sera à sa troisième année d'existence, pourrait se tenir en Inde. Il s'est déroulé l'an dernier et se déroulera encore cette année à Porto Alegre, au Brésil.
La nouvelle a été confirmée par le cabinet du maire L'Allier. " Vu le succès du Sommet des peuples tenu à Québec en avril dernier et compte tenu que les valeurs défendues par le Forum sont proches des nôtres, nous avons lancé l'invitation, le printemps dernier ", a confirmé Luci Tremblay, porte-parole du maire L'Allier.
Le conseil d'administration du Forum s'est penché sur la proposition de Québec, à l'automne, ajoute-t-elle. Il semble acquis que l'événement de 2004 ait lieu dans l'hémisphère nord, mais on ignore encore si ce sera en Europe ou en Amérique. Par ailleurs, Mme Tremblay et la conseillère du quartier Saint-Jean-Baptiste, Linda Cloutier, assisteront à la réunion de Porto Alegre, au Forum des élus notamment, qui précédera le Forum social lui-même, et pour mousser la candidature de Québec.
Le premier Forum s'est tenu l'an dernier à Porto Alegre, capitale de l'État brésilien du Rio Grande do Sul. L'expérience sera répétée cette année du 31 janvier au 5 février dans la même ville au Brésil, notamment parce que l'administration municipale y est dirigée par une coalition progressiste et socialiste.
" Le Forum, qui est en voie de devenir un événement annuel, vise à fournir des alternatives à l'ordre économique mondial actuel ", a expliqué Mme Escribano. Il se tient aux mêmes dates que le Forum économique mondial, qui réunit annuellement depuis 20 ans les dirigeants politiques dans la station de ski de Davos (Suisse). Exceptionnellement, ce dernier aura lieu à New York cette année.
Une centaine de Québécois seront parmi le groupe des participants du Forum de Porto Alegre.
On y retrouvera des représentants des centrales syndicales, comme Marc Laviolette (CSN) ou Monique Richard (CSQ), ou encore provenant de groupes sociaux comme la Fédération des femmes du Québec, des envoyés d'associations de coopération internationale, de groupes de défense des droits et des représentants des jeunes.
Une quinzaine de jeunes Québécois ont été choisis pour représenter la jeunesse du Québec, en coopération avec l'Office Québec-Amérique pour la jeunesse. Pour économiser sur les coûts d'hébergement, ces jeunes camperont pendant le Forum avec des milliers d'autres dans un parc municipal.
Par ailleurs, cet immense happening réunira au Brésil la semaine prochaine des ministres de gouvernements (la ministre québécoise des Relations internationales Louise Beaudoin y sera), des gagnants du prix Nobel de la Paix et plus de 1000 journalistes.
Le programme prévoit quelque 800 ateliers thématiques et pour la première fois, d'importantes délégations y sont attendues provenant de pays d'Afrique et de l'Asie.
Dorval Brunelle, professeur à l'UQAM et porte-parole du Groupe de recherche sur l'intégration continentale, a souligné pour sa part les dangers de la Zone de libre-échange des Amériques telle que veulent la créer les dirigeants politiques des Amériques.
Les conséquences de la ZLEA seront largement débattues à Porto Alegre.M. Brunelle a comparé le néolibéralisme qui sous-tend la ZLEA à " une talibanisation des Amériques ", qui aura des effets désastreux pour les citoyens des pays les plus défavorisés.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Alors que le traitement réservé aux prisonniers incarcérés dans la base de Guantánamo Bay, à Cuba, suscite une inquiétude croissante, Amnistie internationale a écrit ce jour (mardi 22 janvier 2002) aux autorités américaines pour demander l'accès au camp de détention.
" Il est essentiel que ces prisonniers soient autorisés à entrer en contact avec des avocats et des observateurs chargés de veiller au respect des droits humains, afin que leurs droits soient pleinement respectés ", a déclaré l'organisation.
Se fondant sur l'expérience accumulée et les recherches effectuées depuis des décennies sur le traitement réservé aux prisonniers et les techniques utilisées pour leur extorquer des informations, Amnistie internationale a souligné que le secret même qui entoure ces détenus était l'élément le plus alarmant de la situation actuelle.
" Maintenir un prisonnier en détention au secret, le priver de l'usage de ses sens, utiliser contre lui des instruments de contrainte sans raison valable et l'humilier (en le rasant dans le cas présent) sont autant de méthodes classiques employées pour "briser" le moral d'un individu avant de l'interroger, a fait observer Amnistie internationale.
" Nous ne pouvons tout simplement pas savoir si tel est ou non le but des responsables de la prison, car cet établissement fonctionne dans le plus grand secret et les autorités refusent aux détenus le droit de consulter des avocats. Ce que nous savons, c'est que ces procédés sont des méthodes illégales employées dans le monde entier pour extorquer des "aveux" et d'autres informations dans le cadre d'interrogatoires. Les États-Unis doivent accorder un droit de regard à l'opinion publique sur le fonctionnement de cet établissement, et permettre aux prisonniers de voir leurs avocats. "
L'organisation a rappelé aux autorités américaines que toutes les personnes privées de leur liberté, notamment les personnes protégées par les Conventions de Genève et les autres normes internationales relatives au droit humanitaire, jouissent de certains droits fondamentaux, en particulier du droit d'être jugées équitablement quel que puisse être l'infraction qui leur est imputée. Cela implique que tout suspect a le droit d'être informé de ses droits, de consulter l'avocat de son choix, de conserver le silence sans que cela puisse être retenu contre lui, et de ne pas être interrogé en l'absence de son défenseur. Tout suspect a également le droit d'être présenté à un juge en mesure de se prononcer sur la légalité de sa détention, et d'ordonner sa libération s'il estime qu'il est illégalement privé de sa liberté. En outre, aucun élément de preuve obtenu en violation de ces droits ne peut être utilisé dans le cadre d'un procès.
" Priver des prisonniers des droits qui leur sont internationalement reconnus - notamment du droit à un procès équitable - peut constituer un crime de guerre aux termes des Conventions de Genève et d'autres normes internationales relatives au droit humanitaire ", a souligné Amnistie internationale.
Tous les regards sont aujourd'hui tournés vers les prisonniers incarcérés à Guantánamo. Cette réaction est légitime, mais le monde ne doit pas oublier pour autant les milliers de personnes retenues captives en Afghanistan et les centaines d'individus détenus en vertu de lois antiterroristes dans des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni, dont les droits élémentaires - y compris le droit à un procès équitable - sont également bafoués.
" Nous menons campagne contre les violations des droits fondamentaux des prisonniers dans le monde entier, quels que soient les responsables de ces violations et quels qu'en soient les victimes. Il ne peut y avoir deux poids deux mesures en matière de droits humains : ils sont universels et indivisibles, et la véritable justice demeure subordonnée au respect de ces principes ", a conclu Amnistie internationale.
Index AI : AMR 51/015/02
Après l'homicide dont a été victime Celso Daniel, maire de Santo André dans l'État de São Paulo, Amnistie internationale a déclaré aujourd'hui (lundi 21 janvier 2002) qu'il fallait qu'une enquête soit menée sur les attaques systématiques contre les élus du Parti des travailleurs (PT). L'organisation a demandé que des mesures de sécurité soient prises pour permettre à ces membres de la classe politique de faire leur travail.
Les circonstances entourant la mort de Celso Daniel n'ont pas encore été élucidées mais cet homicide fait suite à de nombreuses menaces et attaques dirigées contre des élus du PT au cours des derniers mois, plus particulièrement dans l'État de São Paulo mais aussi dans le reste du pays. En septembre 2001, Antônio Costa Santos maire (PT) de Campinas, dans l'État de São Paulo, a été tué, et trois autres maires, également membres du Parti des travailleurs, ont été victimes d'attaques au cours des quatre derniers mois.
" Nous appelons le gouvernement fédéral à enquêter sur les motivations politiques éventuelles de ces crimes ", a déclaré Amnistie internationale, en soulignant que la menace d'actes de violence mettait en danger le processus politique et les droits humains les plus fondamentaux de tous les citoyens.
L'organisation a également appelé les autorités fédérales à enquêter sur les informations faisant état d'actes de violence systématiques à l'encontre des membres du Parti des travailleurs. Un rapport préparé par les députés fédéraux du PT et remis au ministre de la Justice le 4 décembre 2001 soulignait que les personnes enquêtant et fournissant des informations sur la corruption, le crime organisé et les atteintes aux droits humains étaient plus particulièrement menacées. Ce document indiquait que, depuis 1998, 12 cas d'homicide, 15 cas de tentative d'homicide et 52 cas de menace de mort contre des responsables politiques membres du PT avaient été recensés.
" Les autorités ne doivent pas prendre l'homicide dont a été victime Celso Daniel comme prétexte pour adopter à la va-vite des mesures de sécurité draconiennes susceptibles de plaire à l'électorat mais bafouant les normes internationales, l'état de droit et les droits fondamentaux de tous les Brésiliens " a ajouté l'organisation.
" Les gouvernements ont le droit, et même le devoir, d'assurer la sécurité de leurs citoyens, en particulier en cas de forte criminalité urbaine, a souligné Amnistie internationale. On peut craindre cependant que l'introduction de nouvelles mesures de répression pour assurer le maintien de l'ordre dans un pays souvent condamné pour le recours systématique à la torture dans ses prisons et ses postes de police ne fasse pas progresser la lutte contre la criminalité et ne permette pas de protéger réellement la population brésilienne. "
Rappel des faits
Le 10 septembre 2001, le maire (PT) de Campinas, Antônio Costa Santos, est mort après avoir été touché par balle à quatre reprises. La police a tant bien que mal mené une enquête mais les personnes soupçonnées d'être responsables de cet homicide n'ont toujours été déférées à la justice. En septembre également, les maires de Franca, Batatais, Ribeirão Prêto et Ribeirão Vermelho ont reçu des menaces de mort qui émaneraient d'un groupe se désignant comme le Front d'action révolutionnaire brésilienne (FARB). Le 11 novembre 2001, quatre hommes armés, le visage dissimulé par des cagoules, ont fait irruption dans la ferme du maire (PT) de Ribeirão Correntes en clamant qu'ils voulaient " la tête du maire ". Ce dernier avait également reçu des menaces du FARB. Le 28 novembre 2001, le maire d'Embú a survécu à un attentat à l'explosif à son domicile.
Index AI : AMR 19/002/02
Heavily armed with high-powered machine guns, shot guns, and hand guns, the FBI, Secret Service, and Los Angeles Police Department sorounded the founder of raisethefist.com in his house. The founder was currently asleep, woken up by a relative who said fbi, police and undercover's were currently up and down all of the streets, with they're eyes focused on the premises. Raisethefist.com founder aproached the door were 2 FBI agents demanded that he step outside. Within seconds a swarm of FBI raided the house with automatic weapons and shot guns. Additional police and fbi also stayed on the front lawn, around the house with a door baracade and additional weapons. "armed and ready".
FBI and secret service entered the house, seizing all servers and political liturature. Raisethefist.com was currently being ran within the founders room of the house, over a computer network. The room was literarly ransacked, and all equipment, disks, cd's .. etc. were boxed up, loaded into a truck and seized until further notice.
Since 1999, raisethefist.com has been under extensive government monitering. At times, Raisethefist.com has recieved over 100 hits from the U.S Department of Defense in a single day. The FBI, police department, NSA (and who else) continuesly monitered the site on a daily basis. Even government's from the UK, Canada, Lavtia, Belgium, Egypt, Finland, and Australia monitered the site continuesly. The FBI had also previously intercepted all packets going through the DSL line hosting the site, and have seized additional accounts being used by the site.
In yet another successfull attempt to silence our vioces, Raisethefist.com, an anarchist/activist independent media/collective has been shut down by the secret service.
"It's not yet known at this point if the site will be back up. As of now, we have nothing. No more servers, no more network, nothing. My room remains completly ransacked. My neighbors remain shaken up by what happend. I most likely won't be getting any of the equipment back. They also took alot of my political litature. Apparently, they're excuse for shutting it down was the 'militancy' portrayed on the site. This is not true. This was an excuse. This same 'militancy' they were concerned about is portrayed on at least a thousand other web sites across the internet, and they havn't been touched by the federal government, with the exception for remote monitering. Raisethefist.com was progresive. It was going somewhere. Kids started creating clubs in their schools called 'RaisetheFist'. People started utilizing the collective as a powerful resource for the activist/anarchist community. The federal government has been investigating me, and the site very closely, long before 9-11, and long before such militancy was even portrayed on the site. They knew the site had potential, that it was turning into something more than a site, but a strong collective utilized by activists throughout the world committed to social justice. And that's become a crime. Justice has become a crime. Freedom has become a crime. Anyone activly disagreeing with policies of the U.S is now automaticly rendered a "terrorist" in the eyes of national security.... Where raisethefist.com will go from here, I don't know. Based on what i've been told, i'll most likely be in jail, so most of my focus will be towards getting an attorney."
La grande manifestation convoquée vendredi soir dans toute l'Argentine au son des casseroles constitue une nouvelle forme de "démocratie directe", organisée grâce à Internet et en dehors de toute structure politique ou syndicale alors que le pays est au bord du chaos.
"C'est une forme très primitive de démocratie directe, qui n'est encadrée par aucune organisation. La peur issue de la dictature (1976-1983) est en train de tomber et les gens ont envie de s'exprimer", a expliqué à l'AFP Felix Luna, l'un des plus grands historiens argentins vivants.
"C'est une mauvaise humeur collective, une bronca comme on dit ici en Argentine, dirigée contre les banques, contre la corruption des politiques et contre la Cour suprême, tous ceux qui ont conduit le pays à la crise selon les manifestants", a-t-il ajouté.
Si les blocages des routes sont le fait de chômeurs ou de travailleurs pauvres - les catégories de la population touchées en premier par la crise qui a débuté en 1998 -, les "casserolades" entendues depuis deux mois constituent un mouvement typique de la classe moyenne, directement touchée au portefeuille par le blocage de son épargne début décembre.
"C'est même une organisation de la classe moyenne supérieure, car tout le monde n'a pas Internet", précise M. Luna.
Le réseau mondial joue en effet un rôle majeur dans cette mobilisation d'un nouveau type. De nombreux sites ont été créés pour réunir l'information (www.cacerolazo.com, www.c-a-c-e-r-o-l-a-z-o.com, www.elcacelorazo.org) et des messages électroniques s'échangent comme des mots d'ordre discrets.
"Le quartier El Mondongo informe qu'il réalisera sa première assemblée auto-convoquée d'habitants jeudi prochain le 24 place Matheu à 19h00. Signé: Raul", tel est le type de message que l'on pouvait lire cette semaine sur le Web, en prélude à la grande manifestation de vendredi.
Rejetant toute affiliation partisane, les habitants de Buenos Aires s'organisent ainsi, à la base. C'est à une de ces réunions de quartier dimanche dernier, à Parque Centenario (centre de Buenos Aires), que la "casserolade" nationale a été convoquée.
Il n'y avait aucun drapeau, aucune pancarte de partis, selon des témoins. Seulement des couples jeunes avec leurs enfants, des retraités, des chômeurs.
"C'est une réappropriation du politique, dans le sens que par le biais des casseroles on veut en finir avec la classe politique, mais pour que la politique vive", estime, optimiste, le sociologue de l'institut Analogia Research international Oscar Carrari.
Plus mitigé, l'historien Felix Luna y voit aussi "un mouvement très diffus, contre tout et contre rien en même temps. Les objectifs sont vagues. Ils ne veulent plus rien savoir, ni des politiques, ni des banques".
"Le pays a connu de grandes concentrations populaires dans son histoire, mais généralement en appui de quelqu'un, Peron, Alfonsin ou Menem (trois anciens présidents). Ici, c'est contre tout le monde", ajoute-t-il, estimant "difficile" que l'actuel chef de l'État Eduardo Duhalde "récupère" ce mouvement, en répondant par exemple à certaines de ses revendications.
Collision entre un sous-marin et un navire américains en mer d'Oman
Deux navires de la marine américaine, dont un sous-marin déjà impliqué dans un accident meurtrier avec un chalutier japonais, sont entrés en collision dimanche en mer d'Oman, ont indiqué lundi des responsables militaires américains.
Le sous-marin nucléaire USS Greeneville et le USS Ogden, un navire de transport de troupes, sont entrés en collision dimanche matin à 9h55 locales au large d'Oman, a déclaré un porte-parole du Commandement central de l'armée, Dave Culler, précisant qu'il n'y avait pas de victimes.
L'accident s'est produit pendant une manoeuvre d'approche des deux navires, qui étaient tous deux en surface, destinée à assurer le transfert en canot de deux hommes du sous-marin USS Greeneville vers le USS Ogden.
"C'est durant la manoeuvre d'approche pour faire ce transfert qu'ils se sont heurtés", a déclaré le porte-parole du Pentagone John Stufflebeem.
La collision n'a pas fait de blessé mais elle a percé un réservoir de carburant du USS Ogden sous la ligne de flottaison, provoquant une fuite de diesel. "Ils pompent le réservoir pour le vider. Je pense qu'ils l'ont déjà fait", a ajouté le contre-amiral Stufflebeem, en ajoutant que des plongeurs étaient allés évaluer les dégâts pour les réparer.
En février 2001, neuf Japonais étaient morts dans la collision entre leur bateau de pêche, le Ehime Maru, et le USS Greeneville, alors que celui-ci refaisait surface.
Un tribunal militaire avait estimé que la présence de trop de personnes dans la salle de commandes du sous-marin, dont un groupe d'invités, avait pu perturber ses opérations.
Un périmètre de sécurité d'une dizaine de rues autour de l'hôtel Waldorf-Astoria, où doit se tenir à partir de jeudi le Forum économique mondial, sera institué à partir de mercredi matin, a indiqué lundi le chef de la police de New York.
Au cours d'une conférence de presse, Raymond Kelly a précisé que la circulation serait interdite dans un large secteur aux alentours du palace, dans le centre de Manhattan, et que les piétons ne pourraient approcher de l'hôtel qu'en justifiant de leur présence.
Au moins trois autorisations de manifester ont été pour l'instant délivrées à des organisations anti-mondialisation et tout sera fait pour qu'elles se déroulent dans le calme, a-t-il ajouté.
Les manifestants "ont des droits garantis par le 1er Amendement" (garantissant la liberté d'expression), a déclaré le chef du NYPD. "Nous allons nous assurer qu'ils pourront exercer ces droits. Mais nous sommes là pour appliquer la loi et sommes préparés à toute éventualité. Nous espérons que les manifestations resteront pacifiques".
Pour l'instant les principales organisations de militants anti-mondialisation ont prévu de se rassembler au sud de Central Park, à dix pâtés de maison du Waldorf, et négocient avec la police l'autorisation d'avancer en cortège jusqu'à proximité de l'hôtel afin de pouvoir faire entendre leurs slogans.
À 72 ans, Jacques B. Gélinas n'a pas l'intention de ralentir. D'abord coopérant en Amérique latine dans les années 1960, puis étudiant au doctorat en sociologie du développement et professeur au Chili, il revient enseigner à l'Institut de coopération internationale (autrefois affilié à l'Université d'Ottawa et disparu l'an dernier).
En 1978, il entre au service du gouvernement du Québec, aux Affaires internationales, et travaille à l'ouverture de délégations en Amérique latine. En 1984, il est nommé délégué du Québec au Venezuela, pour ensuite s'occuper des dossiers de la francophonie. Depuis sa retraite, il est essayiste et conférencier. Après son premier ouvrage, Et si le tiers-monde s'autofinançait? il publie en 2000 La Globalisation du monde: laisser faire ou faire, un essai fort bien documenté, en nomination aux prix du Gouverneur général en 2001.
LA PRESSE: Vous préférez parler de "globalisation" plutôt que de "mondialisation". Pourquoi?
JACQUES B. GÉLINAS: Comme disait Camus, c'est ajouter aux malheurs du monde que de mal nommer les choses. La mondialisation a commencé avec Christophe Colomb et le désenclavement des continents. Par contre, le mot globalisation n'existait pas en anglais avant 1980, c'est un néologisme autant en anglais qu'en français. Il comporte un aspect planétaire, mais aussi totalitaire: englober toutes les activités elles-mêmes dans le marché. Rien en dehors du marché, c'est ça, la globalisation.
Quelles critiques adressez- vous à ce mouvement?
C'est un système conforté par une idéologie. Il veut dire en même temps la concentration de la richesse et du pouvoir. Sans l'État, la concurrence devient nécessairement monopoliste. C'est ce qu'on voit avec les fusions et les acquisitions, jusqu'à ce qu'on arrive à un monopole. Voyager, communiquer, c'est la mondialisation. Mais quand il n'y a plus qu'une seule compagnie qui nous fait voyager, c'est la globalisation.
Y trouvez-vous des côtés positifs?
Oui, c'est un système extrêmement efficace! Trop efficace pour la santé des gens et de la planète.
Quels en sont les protagonistes?
Ce sont les sociétés transnationales, appuyées maintenant par les politiciens. Aux États-Unis, c'est évident. Il y a un asservissement de la classe politique. Il y a aussi des compagnons de route, comme les organisations criminelles transnationales. Mille milliards de dollars à blanchir chaque année, cela ne peut se faire sans la complicité du système.
Et les contremaîtres: les politiciens, les hauts fonctionnaires internationaux et nationaux. Ils prennent leurs directives à l'OCDE (l'Organisation de coopération et de développement économique). Il y a 60 000 fonctionnaires du monde entier qui passent là chaque année. Ils y apprennent des concepts comme la privatisation du système de santé, la flexibilité du travail...
Cela ressemble à une théorie de la conspiration...
Ce n'est pas nécessaire de conspirer: ils vont dans le même sens! C'est plutôt une convergence d'intérêts. Je suis d'accord avec John Saul quand il dit: "Pour comprendre notre époque, il faut percevoir l'amoralité de nos élites."
Qui s'oppose à la "globalisation"?
L'autre force en présence qui commence à émerger, ce sont les citoyens. La société civile, c'est le citoyen organisé face au pouvoir. Aujourd'hui, il y a deux formes de pouvoir: l'État et les sociétés transnationales. Dans ce camp, les citoyens sont considérés seulement comme des consommateurs. Certains citoyens, bercés par la prospérité, avaient accepté d'être confinés à ce rôle. Dans le tiers-monde, ils ont commencé à s'organiser dès les années 1980. Au Nord, c'est plus récent. Ces organisations commencent à prendre une forme internationale. La première manifestation de cette nouvelle force, c'est à Seattle. Le mouvement est international parce que tout le monde est touché: tout le monde respire, tout le monde boit de l'eau.
Quel est cet autre monde dont rêvent les délégués au Forum social mondial? Une nouvelle utopie?
Les gens ont peur des utopies. Mais quand les femmes ont commencé à réclamer des droits, on les a traités d'utopistes, de neurasthéniques. Le projet est en train de s'élaborer. Ses fondements sont la solidarité et le partage. Il se produit suffisamment de nourriture pour nourrir tout le monde sur la planète, et abondamment. Un autre fondement est le respect de l'environnement. Ceux qui se ferment les yeux sur ces problèmes ont des intérêts plus grands et plus immédiats, mais pour la plupart des citoyens, c'est une priorité. Il faut aussi refaire l'économie sur une nouvelle base: le mutualisme, le coopérativisme. C'est une tâche colossale, mais c'est la première fois dans l'histoire que tous les problèmes se posent en même temps et qu'on en est conscient.
Comment ne pas voir là une renaissance du socialisme?
Quand on protestait dans les années 1960, il y avait un modèle alternatif, le socialisme. Si ce modèle a fait faillite, c'est qu'il n'est pas parti de la base. Aujourd'hui, il n'est pas question d'idéologie. Une foule d'organisations locales reprennent le monde en main: l'économie, le politique, l'environnement. Partout, le mot-clé est la RÉAPPROPRIATION.
Qu'attendez-vous du FSM?
On ne s'attend pas à convertir le Fonds monétaire international (FMI) ou Bill Gates. Mais il va y avoir un petit effet. C'est une révolution qui se fait de l'intérieur peu à peu. On n'a pas le choix: on ne peut pas faire sauter la planète et en faire une autre à côté!
Des cybermanifestants organisés afin de paralyser le site Web du Forum économique mondial, dont la conférence s'ouvre ce matin à New York, semblent avoir réussi leur coup. Ces manifestants agissent à l'aide d'un petit outil maison des plus simples, qu'ils ont rendu disponible en téléchargement.
Le site du World Economic Forum (WEF) est très difficile d'accès depuis ce matin. Il pourrait s'agir d'une conséquence de l'action menée par un groupe de manifestants disant faire de la "désobéissance civile électronique". Ceux-ci ont conçu un ensemble de pages Web destiné à surcharger le serveur de requêtes.
Fonctionnant sous toutes les plateformes pour lesquelles un fureteur compatible avec les cadres et Javascript est disponible, l'ensemble fonctionne tout simplement en créant 12 cadres affichant chacun la page d'accueil du site visé. Ces pages sont téléchargées de nouveau à un délai établi en fonction de la bande passante dont dispose l'attaquant.
Après avoir vraisemblablement réussi leur coup auprès du serveur du WEF, les cybermanifestants s'en prennent maintenant aux sites de Goldmansachs.com et Investcorp, qu'ils disent partenaires du WEF. Ces deux sites, tout en affichant à l'occasion quelques signes de ralentissement, semblent mieux tenir le coup.
Jean-François Codère