Les assurances d'Etat

[ ... ] Pour justifier son existence et faire qu'on le supporte, l'Etat, organe de domination et d'oppression, doit faire quelque chose, ou faire semblant de faire quelque chose pour les dominés. Et le meilleur moyen qu'il a imaginé est de faire dépendre les intérêts des gouvernés de la permanence et de la stabilité de l'Etat.

Pour pouvoir exploiter plus tranquillement le travail d'autrui et enlever à ses ouvriers la liberté de bouger et de se révolter, un patron intelligent construit des maisons pour ses ouvriers, promet des primes et des pensions qui, bien sûr, sont toujours payées par les ouvriers eux-mêmes, et au centuple. De la même façon, avec ses prétendues Assurances d'Etat, l'Etat cherche à conjuger la révolte en faisant peur aux gens: si le gouvernement est renversé, si l'appareil d'Etat est ébranlé, ils pourraient perdre les maigres avantages payés d'avance par toutes les retenues faites sur leurs salaires et autres astuces du même genre.

Ce qui permet au gouvernement de faire coup double: il encaisse de l'argent et il se garantit cet ordre public que les gardes royales ne suffisent pas à maintenir.

Les socialistes d'Etat, ceux qui aspirent à la dictature, peuvent se réjouir de ce que l'Etat, serait-il monarchique, pousse les travailleurs à l'obéissance et les prépare à attendre la sécurité de leur existence, si misérable serait-elle, de la providence de celui qui commande.

Ils espèrent arriver au pouvoir, un jour ou l'autre, et ils ont tout intérêt à trouver des sujets dociles et tout un réseau en place d'intérêts conservateurs qui puisse arrêter l'élan révolutionnaire.

Mais ceux qui veulent que la prochaine révolution soit réellement émancipatrice, ceux qui veulent que les travailleurs prennent vraiment en mains la réorganisation sociale, ceux-là doivent de toute leurs forces résister à l'invasion toujours croissante du gouvernement dans les fonctions de la vie collective. [ ... ]

Umanità Nova, 6 août 1920

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